CFTC Paris | 186 624€ d’amende pour avoir respecté un jour férié
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186 624€ d’amende pour avoir respecté un jour férié

186 624€ d’amende pour avoir respecté un jour férié

Chronique de J. THOUVENEL du 31.08.2016 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !


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Louis Daufresne: « Bonjour Joseph. Alors pour beaucoup, c’est la reprise après les vacances, d’autres, courageusement, sont restés en veille pendant les congés. »

Joseph Thouvenel
 : « Bonjour Louis ». 

Effectivement, et le jeudi 14 juillet, pendant que certains « gais et contents, le cœur à l’aise, allaient fêter, voir et complimenter l’armée Française », comme le dit la chanson, le groupement d’intérêt économique du centre commercial Grand Var, près de Toulon, tenait fermement ses positions sur le front du consumérisme triomphant. 
Il ne fut pas long à repérer les agents de l’ennemi de l’intérieur, ces commerçants indignes, ayant rideau baissé et tiroir-caisse fermé.

Plus qu’un outrage, une trahison !

La contre-offensive fut rigoureuse, précise et massive.
Pour ne pas avoir ouvert son établissement le 14 juillet, Patrick Brun restaurateur de son état, a écopé de 186 624€ d’amende à verser au gestionnaire du centre commercial. »

Louis Daufresne : «  Attendez c’est exorbitant ! »

Joseph Thouvenel : « C’est exorbitant, vous avez bien entendu 186 624€, soit pour la poignée d’irréductibles auditeurs calculant toujours en francs 1 million 224 172 vieux francs et 19 centimes. »

Louis Daufresne
: « Mais comment arrive-t-on à un tel calcul ? »

Joseph Thouvenel
 
: « Assez simple, le centre commercial met 10€ d’amende par mètre carré, toutes les 5 minutes de non ouverture. »

Louis Daufresne: « Donc, ça fait à l’arrivée, 186 000€. »

Joseph Thouvenel : « C’est exactement ça. 

Dans le Var, on ne badine pas avec les jours fériés, on assassine simplement financièrement celui qui les respecte.

Il est vrai que pour justifier son offense au Veau d’Or, le sieur Brun se camoufle derrière les arguments les plus spécieux « J’avais décidé de rester fermé, car un 14 juillet, les gens sont à la plage plutôt qu’aux courses. J’avais donc choisi de laisser mes employés libres. En effet l’an dernier, j’avais ouvert à  la même date et subi de grosses pertes, faute de clients », devait-il confier à la presse.

Visiblement, cet homme n’est pas de son époque. On ne lui demande pas de faire de laborieux calculs de rentabilité ou de se soucier du bien-être de ses salariés. On lui demande juste de participer à la grande foire permanente du dieu consommation, tous les jours, dimanche et jours fériés compris ! C’est pourtant simple ! »

Louis Daufresne : « Mais alors il y a une forme d’acharnement, en dépit du symbole du 14 juillet ? »

Joseph Thouvenel : « Oui ! Et que les nostalgiques acariâtres cessent de nous bassiner avec la symbolique de la fête nationale, le site du ministère de la Défense pousse même le ridicule jusqu’à parler de « symbole d’union nationale fondé sur les valeurs partagées de la République : liberté, égalité, fraternité et droits de l’homme ».

Au temps de la chasse au Pokémon entre les tombes de l’Ossuaire de Douaumont, ce ne sont pas quelques vieilles badernes galonnées qui vont nous impressionner !

Et cet appel à la liberté des salariés, aussi ridicule que naïf, encore un qui croit au volontariat tel qu’imaginé par le législateur !
Le salarié ; par définition : subordonné à l’autorité de son employeur ; serait libre de travailler ou non, dimanche, jours fériés et en soirée. Vous imaginez le résultat quand l’employeur lui-même n’a pas la faculté d’ouvrir ou de fermer à sa guise ?

Etre gouverné par des poètes, parce que c’est le cas, a parfois un côté rafraîchissant, mais bien plus souvent inquiétant.

Au centre commercial Grand Var, pas de poésie mais la loi du profit.

Toulon, si on a vu se saborder la flotte, on ne verra pas sombrer les intérêts des sociétés financières. »