CFTC Paris | Adieu Monsieur Schoendoerffer
1088
post-template-default,single,single-post,postid-1088,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-10.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.12.1,vc_responsive

Adieu Monsieur Schoendoerffer

Adieu Monsieur Schoendoerffer


Chronique de J. THOUVENEL du 20.03.2012 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

 

« Si j’avais été ouvrier, j’aurai été syndicaliste afin de lutter contre le mépris du travail et des travailleurs ».

 

Ces paroles sont de Pierre Schoendoerffer, le romancier cinéaste récemment disparu.

Et il ajoutait « Le travail n’est pas reconnu à sa juste valeur, seul le profit est reconnu. Le syndicalisme a un vrai rôle de garde-fou. Je regrette qu’il y ait si peu de salariés syndiqués en France, les excès de certains syndicats en sont, sans doute, la cause. »

 

L’auteur de l’admirable « 317ème section » et du magnifique « Crabe tambour » n’était pas qu’un cinéaste de guerre.

Il m’avait expliqué son métier de la façon suivante : « Je parle de ce que je connais : la condition militaire et le métier de marin pêcheur. Dans un cas comme dans l’autre, les hommes subissent des évènements imprévisibles qui révèlent leur vraie personnalité. Regardez aujourd’hui la situation des patrons pêcheurs et de leurs équipages. Ils font un métier très dur. De plus en plus encadré par des réglementations bruxelloises contraignantes. Il faut un grand courage pour exercer ce métier et beaucoup d’optimisme. »

 

Pierre Schoendoerffer se définissait comme « protestant, non pratiquant » et il ajoutait : « quand le doute s’installe en moi, la foi domine la crête de la vague. Chacun a sa part spirituelle. L’homme ne vit pas seulement de pain. »

 

Il estimait que le travail des syndicats pouvait toucher à « la spiritualité de l’homme », par la notion de solidarité par exemple « qui dépasse le simple combat pour la défense des droits légitimes des salariés. Il y a dans la solidarité une forte idée d’espérance, de spiritualité » disait-il.

 

Il définissait un film comme une entreprise où chaque ouvrier se sent directement concerné par le bon fonctionnement des choses. Il appuyait sa démonstration en évoquant ce tournage, où le producteur ne payait plus les salaires et où l’équipe était venue le voir et lui avait annoncé qu’officiellement, elle était en grève, mais qu’elle continuerait à travailler car elle avait foi dans le film.

 

Il parlait de ces types formidables, comme le chef machiniste de Dien-Bien-Phu, qui arrivait à travailler dans des conditions « épouvantables, par 46° à l’ombre, afin que le tournage puisse s’effectuer de nuit. Je ressentais alors de la fierté à contempler le travail de ce « bâtisseur de ponts » », comme il le surnommait.

 

Notre dernière rencontre, il avait tenu à la terminer par les mots de Saint-Paul, « que j’appelle Paul en tant que protestant » me disait-il en riant. « Paul dit qu’il y a trois vertus cardinales : la foi, l’espérance et la charité. Je me mets à l’ombre de ce génie pour dire que le plus important, c’est l’espérance. Elle implique la foi et la charité, c’est-à-dire l’amour ».

 

Adieu Monsieur Schoendoerffer et merci.