CFTC Paris | Banquiers au service des peuples.
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Banquiers au service des peuples.

Banquiers au service des peuples.


Chronique de J. THOUVENEL du 13.03.2012 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

 

Bonjour à toutes et à tous !

 

Il était une fois une entreprise mondialement connue, forte d’une expérience de plus de 140 ans. Maison sérieuse, réputée, dont deux anciens Présidents devinrent Secrétaires du Trésor des Etats-Unis d’Amérique, c’est-à-dire Ministres des finances.

 

Et, comme dans cette institution on a d’abord le sens du service, l’un fut le grand argentier du démocrate Clinton, l’autre celui du républicain Georges  W. Bush.

 

Bel exemple de professionnels, passant par-dessus les idéologies, pour servir leur pays !

Manquent les violons en fond sonore et un coucher de soleil sur fond de bannière étoilée pour que la mise en scène soit parfaite.

 

Après avoir rendu de si bons services à l’Amérique, Goldman-Sachs, la banque héroïne de notre histoire, forte d’une vision véritablement messianique, entreprit de venir en aide aux petits pays à l’économie instable.

 

En 2001, c’est la Grèce qui eut le bonheur de bénéficier des conseils avisés d’hommes au strict costume sombre et aux chemises aussi blanches que les dents. Car, non seulement nos valeureux banquiers ont une tête bien pleine de chiffres, mais en plus ils sont propres sur eux. Ce qui rassure les concierges des grands hôtels, la ménagère du Péloponnèse et les Ministres des finances européens.

 

A l’époque, après la publication d’un rapport conjoint de la Commission et de la Banque Centrale Européenne, la Grèce fut autorisée à entrer dans l’Euro. Puisque, nous affirmaient les experts, « le déficit public annuel respecte la valeur de référence de 3% du produit intérieur brut ».

 

Venant de spécialistes qui n’ont de cesse de dénoncer les coûts salariaux, forcément exorbitants, et la durée du travail, toujours trop faible, ces affirmations eurent valeur d’oracle du côté du Parthénon.

 

Et comme tout oracle organisé, les grands prêtres de l’économie se mirent aux manettes pour ne pas faire mentir les divinités de la finance.

 

Car, cachée sous quelques colonnes doriques,  dissimulée sous l’Acropole ou à l’ombre d’imposants cariatides, la dette du pays était toujours là, prête à croître et embellir.

 

Goldman Sachs apporta la solution.

 

2,8 milliards d’Euros furent changés en produits dérivés complexes, disparaissant du bilan comptable du pays pour réapparaître dans les nuées insondables et impénétrables de la haute finance internationale.

 

Les esprits chagrins noteront que cette transaction engendra un coût pour le Grèce de quelques 600 millions d’euros supplémentaires et que la facture finale sera de plus de 5 milliards d’euros.

 

Quoique très onéreux, nous ne pouvons qu’admirer la qualité du geste financier. Comme dirait Alain Minc, « quand on veut attirer des talents, cela se paye ».

 

Aujourd’hui, Mario Draghi, Vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005 dont l’une des missions fut de vendre le produit financier « swap » permettant de dissimuler une partie de la dette souveraine grecque, est Président de la Banque Centrale Européenne.

 

Et Lucas Papandreou, ancien Gouverneur de la Banque Centrale grecque et qui à ce titre a participé à l’opération de truquage des comptes de son pays, est Premier Ministre.

 

Une bien belle histoire vous disais-je.

 

Evidemment, il y a toujours des grincheux qui, sous prétexte que l’on baisse leur salaire de 25 % ou que l’on supprime leur emploi pour remettre le pays à flot, trouvent qu’ils payent cher les manipulations comptables des puissants.

 

Ce n’est pas à Sparte que l’on aurait entendu de telles récriminations dans les rangs !

 

A la semaine prochaine !