CFTC Paris | Chronique de Joseph Thouvenel: L’école et si on s’occupait du concret?
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Chronique de Joseph Thouvenel: L’école et si on s’occupait du concret?

Chronique de Joseph Thouvenel: L’école et si on s’occupait du concret?

Chronique de J. THOUVENEL du 08.11.2016 sur Radio Notre Dame (100.7)
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st bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

 

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Louis Daufresne : Aujourd’hui, vous avez choisi de nous parler de l’Éducation Nationale.

Joseph Thouvenel : Effectivement Louis, quasi unanimement il est reconnu que l’instruction est un élément primordial de l’égalité des chances ; Ce qu’exprime très bien le vieil Hugo dans les Misérables : « L’égalité a un organe : l’instruction gratuite et obligatoire ».

Raison pour laquelle nous subissons depuis des décennies une avalanche de textes et de décisions ministérielles de haute volée pédagogique se référant toujours à ce souci d’égalité des chances.

C’est

-René HABY, qui instaure le collège unique.
-Lionel JOSPIN, la loi d’orientation sur l’éducation.
-François FILLON, la loi d’orientation pour l’avenir de l’école.
-Luc CHATEL, la réforme du lycée.
-Vincent PEILLON, la loi de refondation de l’école de la République.

Aujourd’hui, Najat Vallaud-Belkacem, la réforme du collège « mieux apprendre pour mieux réussir ». Le but nous dit la ministre « engager une refondation globale de l’école » en vue de « lutter contre le déterminisme social ».

Louis Daufresne : Cela ne vous semble pas un objectif important ?

Joseph Thouvenel : Rien à dire sur l’objectif Louis, mais encore faut-il sortir des grandes déclarations du type : «  Un collège de l’épanouissement et de la citoyenneté, qui créé du commun et fasse vivre les valeurs de la République ».

Outre, le fait que je ne sais pas très bien ce que signifie « créer du commun », je m’intéresse au concret.

Je connais deux lycéens, l’un est dans un établissement privé d’une ville plutôt chic de banlieue, l’autre, dans le même département est dans un lycée public d’un quartier dit sensible.

Le premier, deux jours après la rentrée recevait son certificat de scolarité. Ce document permet à un certain nombre de jeunes et à leurs familles de bénéficier d’aides et d’exonérations, comme dans le Val de Marne le pass Navigo à moitié prix.

Le second a reçu ce document 1 mois ½ après la rentrée. Conséquence, il n’a pas pu bénéficier de la réduction transport pendant un mois.

Est-ce si difficile pour l’Éducation Nationale de remettre aux élèves, dès la rentrée un document prouvant leur inscription dans un établissement scolaire ?

Deuxième exemple : je discutais récemment avec un jeune qui mène en parallèle études et travail. Ce garçon me disait avec beaucoup de gentillesse, qu’il n’avait rien contre les enseignants d’origine étrangère mais qu’il avait beaucoup de difficulté à comprendre ce que disait son prof de math.

Voici un jeune adulte dont le père n’est plus qu’un lointain souvenir, la mère sans emploi, qui travaille chez Mac-Do pour faire bouillir la marmite, il a le courage de continuer ses études en étant confronté dans une matière essentielle à un enseignant abscons en raison d’un français déficient.

Pour l’Éducation Nationale, aucun problème, la case présence d’un prof de maths en classe terminale est cochée. Pour l’égalité des chances il me semble toutefois qu’il y a comme une légère défaillance.

Je ne suis pas sûr qu’une telle situation perdure très longtemps du côté d’Henri IV ou Louis le Grand, lycées publics des beaux quartiers.

Mais au fin fond d’une banlieue pauvre, cela n’a pas l’air de traumatiser nos brillants pédagogues. Dans ce cas de figure, comme disait Jean Dutourd : « Le principal résultat de l’instruction obligatoire : les graffitis sur les monuments publics ».

Ce à quoi fait écho Hugo : « La société est coupable de ne pas donner l’instruction gratis ; elle répond de la nuit qu’elle produit ».

Tu as raison Victor, donner l’instruction oui, mais correctement, concrètement et avec bienveillance.