CFTC Paris | Chronique de Joseph Thouvenel: L’excès de laïcité nuirait-il à la vérité ?
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Chronique de Joseph Thouvenel: L’excès de laïcité nuirait-il à la vérité ?

Chronique de Joseph Thouvenel: L’excès de laïcité nuirait-il à la vérité ?

Chronique de J. THOUVENEL du 21.02.2017 sur Radio Notre Dame (100.7)
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st bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

Joseph wresinskiLouis Daufresne : C’est un anniversaire que nous célébrons aujourd’hui.

Joseph Thouvenel : Un bel anniversaire Louis. Il y a 30 ans, le Père Joseph Wresinski faisait adopter par le Conseil Économique et Social un avis intitulé « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ».

Avis qui marqua une étape décisive dans la lutte contre la pauvreté tant en France qu’au plan international.

La définition de la grande pauvreté développée par le Père Wresinski est aujourd’hui la référence mondiale puisqu’elle a été retenue par les Nations-Unies :

« La précarité est l’absence d’une ou plusieurs des sécurités, notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et familles d’assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales, et de jouir de leurs droits fondamentaux. L’insécurité qui en résulte peut être plus ou moins étendue et avoir des conséquences plus ou moins graves et définitives. Elle conduit à la grande pauvreté quand elle affecte plusieurs domaines de l’existence, qu’elle devient persistante, qu’elle compromet les chances de réassumer ses responsabilités et de reconquérir ses droits par soi-même, dans un avenir prévisible ».

Le rapport du Père Wresinski s’appuiera sur des exemples concrets, c’est la première fois en France que des paroles et les vies des personnes très pauvres sont directement transcrites dans un rapport officiel.

Louis Daufresne : C’est son expérience de prêtre qui a conduit le Père Wresinski à s’intéresser aux plus pauvres ? Joseph ?

Joseph Thouvenel : C’est aussi son enfance difficile, Louis.

De mère espagnole et de père polonais porteur d’un passeport allemand, le jeune Joseph naîtra en 1917 dans un camp d’internement à Angers. La raison? Au début de la Première Guerre Mondiale, les étrangers susceptibles de collaboration avec l’ennemi étaient systématiquement parqués dans des centres de rétention. Sophie, le deuxième enfant du couple, mourra d’ailleurs en bas-âge dans un de ces centres.

A l’issue de la guerre, cette famille très pauvre s’installera dans une vieille forge abandonnée. Très jeune, Joseph devra aider à subvenir aux besoins de sa famille : il sera gardien de chèvres, servira la messe chez les religieuses du Bon Pasteur où il recevra en échange un bol de lait et 2 sous. A 13 ans, il est embauché comme apprenti boulanger.

C’est à 17 ans qu’il décide de rentrer au séminaire et de  reprendre ses études. Il sera ordonné prêtre le 29 juin 1946 à Soissons. Remercions la famille d’agriculteurs du Soissonnais qui prit financièrement en charge les études de Joseph.

Un ami me confiait récemment que, jeune journaliste, il avait interviewé le Père Wresinski. A la question de savoir ce qui le motivait dans sa lutte contre la pauvreté, celui-ci évoqua 2 raisons principales :

Son histoire personnelle, bien sûr, mais aussi son engagement de prêtre. Pour lui, l’attention aux plus pauvres faisait pleinement partie de son sacerdoce.

Si on peut se réjouir que le Conseil Économique, Social et Environnemental ait tenu à marquer le 30e anniversaire du rapport du Père Wresinski, on peut regretter que cette noble institution de la République ait passé sous silence les motivations profondes du Père Wresinski liées à sa foi, à son choix d’homme consacré de prêcher et de vivre l’Evangile et à son engagement dans et au service de l’Eglise.

L’excès de laïcité nuirait-il à la vérité ?

De quoi inspirer nos candidats à la présidence de la République, du moins je l’espère !