CFTC Paris | Chronique de Joseph Thouvenel- Négo d’entreprise, la grande méprise.
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Chronique de Joseph Thouvenel- Négo d’entreprise, la grande méprise.

Chronique de Joseph Thouvenel- Négo d’entreprise, la grande méprise.

Chronique de Joseph THOUVENEL du 13 juin 2017 sur Radio Notre Dame (100.7)

Louis Daufresne : Aujourd’hui vous abordez la problématique de la négociation d’entreprise.

Joseph Thouvenel : Effectivement Louis, le gouvernement a décidé de réformer notre système de négociation collective en, je cite : « rénovant l’articulation entre accords de branche et d’entreprise et sur l’élargissement sécurisé de la négociation collective ».

Une vaste et rapide concertation se déroulera du 9 au 23 juin sur ce thème.

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse vraiment d’une urgence économique et sociale, comme pourrait être la mise en place de mesures rapides et efficaces sur les délais de paiement. Vous savez, ces délais qui à force d’être rallongés mettent bien des entreprises de petites ou moyennes tailles en difficulté, voire pire.

Si pour certains il est impératif de déréguler brutalement, l’anarchie sociale devant faire le bonheur des peuples en général et de la France en particulier. Pour d’autres la bonne option est celle de la sagesse et du pragmatisme.

Souhaitons que cela soit la voie choisie.

Louis Daufresne : Mais la négociation d’entreprise existe déjà, sans que cela soit un drame social ou économique.

Joseph Thouvenel : Vous avez raison Louis, il existe déjà un certain nombre de négociations internes aux entreprises, comme celles sur les salaires ou l’intéressement et la participation.

Et c’est bien.

Faut-il élargir ce champ ?

Pourquoi pas, mais dans quelles conditions ?

Tout laisser à la merci de l’entreprise via référendum ou négociation, comme le proposent certains beaux esprits serait folie.

Il n’existe pas toujours, loin de là, des interlocuteurs formés tant du côté syndical que patronal.

Dans bien des PME, ce sont souvent des cabinets extérieurs qui sont à la manœuvre quand le sujet devient complexe. D’un côté, vous risquez d’avoir des équipes syndicales ; quand elles existent ; avec peu de ressources, de l’autre celui qui aura les moyens pourra s’entourer de spécialistes, conseillers en communication et autres lobbyistes, déséquilibrant tout le processus de négociation.

Sans limites clairement définies, bien des choses pourront être imposées aux salariés sous prétexte vrai ou faux de protéger l’emploi.

Quand la majorité des salariés du BHV ont refusé l’ouverture de l’enseigne le dimanche, la direction est revenue à la charge sur le thème ; « méchants syndicalistes si vous continuez à vous opposer à la vente de chaussettes et de clefs de 12 le dimanche, vous serez responsables du licenciement de dizaines de vos collègues ».

Comment humainement résister à une telle pression ?

C’est également la porte ouverte à toutes les promesses qui n’engagent que celui qui y croit, mais certainement pas celui qui les fait.

Représentez-vous un instant Monsieur Bernard Tapie ayant les clefs de la négociation sociale et vous pouvez imaginer les dégâts.

Louis Daufresne : Vous croyez vraiment que la solution consiste à figer les choses ?

Joseph Thouvenel : Certainement pas, mais comme en toute chose nous avons besoin de raison garder.

Un cadre national est nécessaire. Le salaire minimum c’est le salaire minimum, on ne doit pas pouvoir y déroger, ou alors il faudra m’expliquer que les mots n’ont plus de sens et que sous le minimum il y a une sorte de moins que pas grand-chose.

Derrière le cadre national, c’est le niveau de la branche qu’il faut développer.

Une branche connaît ses métiers et ses spécificités, l’intérêt des entreprises du même secteur est de fonctionner dans un cadre de concurrence loyale et non faussée par la course au moins disant.

Sur des points précis et négociés, rien n’empêche que les branches laissent une plus grande latitude aux accords d’entreprises.

Mais au vue de la mauvaise loi mise en place par Monsieur Macron favorisant la cupidité du dimanche au détriment de la vie familiale, personnelle, associative et spirituelle, personne ne s’étonnera que je puisse nourrir quelques craintes.