CFTC Paris | Chronique de Joseph Thouvenel: Pauvreté invisible.
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Chronique de Joseph Thouvenel: Pauvreté invisible.

Chronique de Joseph Thouvenel: Pauvreté invisible.

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Chronique de J. THOUVENEL du 28.03.2017 sur Radio Notre Dame (100.7)

Louis Daufresne : Vous poursuivez votre série pré-présidentielle en nous parlant de pauvreté ce matin.

Joseph Thouvenel : Je suis frappé comme beaucoup, par la montée de la pauvreté invisible dans notre pays. Ces personnes qui dorment à même le sol, ceux, jeunes ou moins jeunes, qui font la manche sur certaines lignes de métro, à peine un solliciteur est descendu qu’un autre le remplace.

Dans les couloirs de la station Saint Lazare, ce sont des enfants qui passent leurs journées à mendier, s’égosillant tout en brandissant des cartons sur lesquels est maladroitement inscrite leur qualité, vraie ou fausse, de réfugiés syriens.

Sur les boulevards extérieurs, des jeunes femmes originaires de l’Est de l’Europe, d’Afrique ou d’Asie sont contraintes à la prostitution.

Et je ne parle que du plus visible. Combien de misère cachée, notamment dans nos campagnes ?

S’il y a bien une priorité sociale, c’est de s’attaquer par tous les bouts à cette grande pauvreté.

Louis Daufresne : Nous en sommes d’accord, mais que peut faire concrètement le futur Président de la République, Joseph ?

Joseph Thouvenel : D’abord, regarder la réalité en face et préférer l’action réaliste quotidienne, solide et durable aux effets d’annonces, colloques et autres proclamations grandioses et stériles.

Comment se satisfaire de voir une famille de 4 personnes s’entasser depuis des années dans 14m² pour un loyer mensuel de … 3000€ ? Loyer largement couvert par la caisse d’allocations familiales.

Statistiquement, le Préfet est content : « L’action publique a permis de sortir de la rue une famille en grande précarité ».

Pour régler une situation d’urgence je veux bien, mais maintenir 4 personnes pendant plusieurs années dans de telles conditions est indécent et ruineux.

Avec 3000€ par mois, au risque de peiner le Thénardier qui encaisse le loyer, il n’y a pas mieux à faire ? Et des cas comme celui-là, je n’en ai pas qu’un seul.

Mettre le paquet pour éradiquer la traite des êtres humains sous toutes ses formes, est-ce impossible ?

Quand d’évidents mafieux, avant d’aller claquer un mois de salaire en 10 minutes dans une boîte de nuit, déposent sur les trottoirs de la capitale des malheureuses à moitié nue, est-il utopique d’espérer les voir mis hors d’état de nuire après un contrôle sur l’origine de leurs ressources ?

Diminuer le subventionisme de copinage pour aider au logement et à l’insertion ne doit pas être impossible. Je pense, par exemple, aux 4 millions d’euros de subvention publique annuels que perçoit le théâtre du camarade Jean-Michel Ribes, comme l’a révélé Charles Beigbeder.

Développer la coopération avec les pays les plus pauvres, tout en veillant à ce que les moyens déployés ne servent pas à engraisser intermédiaires véreux et potentats cupides, ne doit pas être au-dessus de nos forces.

Il appartient au futur chef de L’État d’impulser une politique d’accueil des étrangers, responsable et raisonnée ; en faisant preuve de « prudence » selon les termes du Pape François qui a rappelé que « la promotion humaine des migrants et de leurs familles commence dans la communauté d’origine, là où doit être garanti, en même temps que le droit de pouvoir émigrer, aussi le droit de ne pas devoir émigrer, ainsi que le droit de trouver dans sa patrie les conditions qui permettent une digne réalisation de l’existence. »

Notre impératif moral « un accueil responsable et digne » dans «  des lieux adéquats et convenables » avec pour les migrants le devoir de « ne pas se fermer à la culture et aux traditions des pays hôtes » et à « respecter les lois » comme l’a affirmé le Saint-Père.

Non seulement tout cela n’est pas insensé, mais c’est juste indispensable.