CFTC Paris | Chronique de Joseph Thouvenel- Revenu universel : des droits sans devoirs?
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Chronique de Joseph Thouvenel- Revenu universel : des droits sans devoirs?

Chronique de Joseph Thouvenel- Revenu universel : des droits sans devoirs?

Chronique de J. THOUVENEL du 31.01.2017 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’e
st bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

revenu universel

Louis Daufresne : Vous revenez sur le revenu universel aujourd’hui.

Joseph Thouvenel : Effectivement Louis, dès septembre, j’évoquais sur cette antenne le rapport du conseil national du numérique évoquant le revenu de base dit également revenu universel.

Le débat politique actuel relance la discussion. L’affirmation que chacun doit pouvoir vivre dignement et qu’il est normal que la collectivité soutienne y compris financièrement, les plus démunis n’a rien de choquant pour un chrétien bien au contraire.

N’est-ce pas ce que le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise nomme « la solidarité comme principe social et comme vertu morale ».

Louis Daufresne : Alors Joseph pour vous, le revenu universel proposé par Benoit Hamon et certains économistes est une bonne chose ?

Joseph Thouvenel : J’aimerai vous répondre oui et vous emmener gambader dans les vertes prairies d’une société où chacun a son revenu assuré et peux se consacrer, sans souci de l’avenir, aux tâches vers lesquelles il incline. Une sorte de lendemains qui chantent sans le grand soir.

Avant de folâtrer par monts et par vaux revenons à quelques principes simples.

Louis Daufresne : Lesquels Joseph ?

Joseph Thouvenel : D’abord celui de la valeur travail, pour le chrétien le travail n’est pas une aliénation, travailler c’est être acteur de sa destinée, être co-créateur, participer à l’œuvre commune, se réaliser en établissant des liens sociaux tout en prenant sa vie en main.

Le travail est un élément central de la dignité de la personne, l’objectif politique doit donc être le plein emploi et non l’acceptation de la pénurie de travail.

Au-delà de la construction intellectuelle se pose deux questions simples :

Combien et qui paye ? Si le revenu est trop faible, il ne sert à rien, c’est du saupoudrage inutile. S’il est élevé, pourquoi aller travailler ? D’autant plus que s’il est fixé à 750€ comme le propose un certain nombre de ses adeptes, on verra très rapidement des entreprises baisser les rémunérations, partant du principe que leur salarié percevant déjà plus de 65% du salaire minimum, il n’y a aucun besoin à maintenir une politique salariale décente.

Quant au travail au noir c’est l’explosion assurée.

Il faut vraiment être très éloigné de la réalité quotidienne pour ne pas mesurer la dangerosité de ces deux écueils pour l’ensemble de la société.

Quant à qui paye, la question ne me semble pas marginale dans un pays déjà champion des prélèvements obligatoires.

Dernière question, qui pourrait bénéficier de cette manne ? Tous les Français ? Dès leur naissance ? A leur majorité ? Toutes les personnes présentes sur le territoire national ? Ce qui pour le moins renchérirait sensiblement le dispositif.

Celui ayant effectué toute sa carrière à l’étranger, sans payer d’impôts en France ni cotiser pour la protection sociale, y aurait droit à l’heure de la retraite ?

Autant de questions aujourd’hui sans réponse.

Vous l’avez compris, je suis plus que dubitatif sur la faisabilité d’un tel projet et plus que réservé sur la philosophie de celui-ci concernant le fond. C’est-à-dire ouvrir un droit pour tous, sans qu’il n’y ait de conditions ni de contrepartie.

Je ne parle évidemment pas des situations d’urgence et de grande précarité. Je parle simplement de ce principe simple et de bon sens : droits et devoirs sont indissociables.

Nous sommes loin de la République qui « affirme le droit et impose le devoir » chère à Victor Hugo.

Mais plutôt dans la politique qui énonce des droits et ignore les devoirs.