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Dimanche : de Constantin à Casto

Dimanche : de Constantin à Casto

medium_images.2.jpeg"Le dimanche, base du temps social"

Pour Robert Beck, l'historien maître de conférences à l'université de Tours, le retour du travail le dimanche renvoie au modèle du XIXe siècle

ENTRETIEN. Robert Beck, historien (1)

La Croix : Le dimanche a-t-il toujours été un jour de repos dans l’histoire ?

Robert Beck :C’est l’empereur Constantin qui introduit, dès 321, le repos du dimanche dans les villes de l’empire romain. Cette journée revêt alors une fonction religieuse. Au cours du Moyen Âge, plusieurs conciles généralisent cette pratique et, en 1700, la quasi totalité des Français se rend à l’église le dimanche, parcourant parfois plusieurs kilomètres à pied : il s’agissait à l’époque d’une grand-messe également accompagnée d’offices… Au milieu du XVIIIe siècle, le jour du Seigneur devient aussi jour de fête, un temps de la danse et des débordements, un mélange de rites religieux et profanes. Supprimé par la Révolution après 1792 pour combattre la religion chrétienne et satisfaire un discours des Lumières – dont les élites considéraient le temps libre populaire comme un temps gaspillé dans les cabarets –, le repos dominical est réintroduit par Napoléon, pour les fonctionnaires. Mais les employés du commerce et les artisans travaillent, ainsi que certains ouvriers.

– Certaines professions observent aussi l’usage de la «saint-lundi» ?

– Il s’agit d’une « institution » des compagnons du Devoir, entre le Moyen Âge et 1880, que l’on trouve aussi chez nos voisins européens. Les compagnons ne travaillaient ni le dimanche ni le lundi : ils pouvaient se le permettre car leurs salaires étaient relativement élevés et le paiement à la tâche leur permettait de se rattraper. Mais le saint-lundi faisait aussi partie de la coutume chez les cordonniers, pourtant mal payés.

– On observe au XIXe siècle un retour au travail du dimanche…

– À partir de 1830 en effet, le repos dominical disparaît, pour des motifs de productivité industrielle. De plus, la classe ouvrière est alors considérée comme un danger, que l’on cherche à l’éliminer de l’espace public en lui ôtant la possibilité de se divertir le dimanche. C’est toujours après les révolutions du XIXe siècle que l’on cherche à maîtriser le temps libre populaire, et le repos dominical en souffre ! Parallèlement, la dimension religieuse du dimanche régresse. C’est après la Commune, dans les années 1870, que le repos du dimanche est progressivement rétabli dans l’industrie.

– Que dit la loi du 13 juillet 1906, sur le repos hebdomadaire ?

– Ce texte accorde à tous les salariés de l’industrie et du commerce un repos de 24 heures, fixé au dimanche, après six jours de travail par semaine. Mais les domestiques et les ouvriers agricoles n’en bénéficient pas, et il existe de multiples dérogations. La France, dans le monde occidental, est l’avant dernier pays à adopter une telle législation. Entre-temps, la référence religieuse a disparu des débats et ce texte s’inscrit dans une série de lois sociales, comme la journée de 8 heures instaurée en 1919. Encore en vigueur aujourd’hui, la loi de 1906 constitue la base de notre organisation sociale du temps.

– De plus en plus de salariés travaillent le dimanche, s’agit-il d’un retour en arrière ?

– La question se pose à nouveau depuis la fin des années 1980, avec d’ailleurs les mêmes arguments libéraux qu’au XIXe siècle – primauté à la libre concurrence et aux souhaits du consommateur, dynamisme prétendu de l’activité économique et des créations d’emplois… En outre, la discussion tourne à nouveau autour du commerce et du tertiaire en général. D’une certaine façon on revient à un modèle du XIXe siècle !

– Le dimanche occupe-t-il toujours une place à part pour les Français aujourd’hui ?

– Bien sûr : il est faux de dire que le dimanche a perdu toute caractéristique parce qu’il serait dilué dans le week-end. Les études montrent que les occupations du samedi, essentiellement ménagères, sont très différentes de celles du dimanche, davantage consacrées à la détente et à la famille.

Recueilli par Marie DANCER

(1) Maître de conférences à l’université de Tours, auteur d’une Histoire du Dimanche de 1700 à nos jours Editions de l'Atelier  Source:La Croix</>