CFTC Paris | École Nationale Amorale
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École Nationale Amorale

École Nationale Amorale

Chronique de J. THOUVENEL du 23.02.2016 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !

Bonjour à toutes et à tous,

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J’étais, il y a peu de temps, en une de ces lointaines contrées aux mœurs souvent déroutantes pour un Français.

Les autorités locales, qui nous recevaient dans le cadre d’échanges économiques, nous accueillirent au sein d’un de leur plus prestigieux établissement, celui formant les élites du pays: l’ENA, l’Ecole Nationale Amorale. Bien entendu, cette curieuse appellation nous intrigua et nous demandèrent  quelques explications à nos hôtes.

Ceux-ci ne se firent point prier. Le Président de la chambre patronale nous résuma la philosophie générale en vigueur, en ces lieux: « Nous demandons à nos décideurs, politiques ou économiques, d’ignorer, d’être étrangers aux principes de la morale, ainsi nous gagnons en efficacité ».
Une discussion s’engagea alors:" comment cela fonctionne-t-il ? Quelles sont les limites d’un tel système ? Etes-vous sûr que la morale doive être subordonnée à l’efficacité économique ?"
Notre interlocuteur nous répondit en exhibant moult chiffres, statistiques et graphiques. Sentant qu’il ne nous avait pas pleinement convaincus, il nous invita à assister à une séance du tribunal du travail.

Une domestique se plaignait d’avoir été licenciée sans raison par son maître, à la veille du 3e anniversaire de son embauche. Au surplus, elle réclamait le paiement d’heures supplémentaires, arguant qu’elle terminait son travail régulièrement après 22 heures alors qu’elle aurait dû être libre dès 20 heures.
Les juges examinèrent les doléances de l’employée, vérifièrent avec soin son contrat de travail, les fiches de pointages et l’ensemble des preuves présentées par la demanderesse.

L’avocat de son maître fut des plus bref. « Nous ne contestons aucun faits, et faisons toute confiance au tribunal » devait-il simplement déclarer en se tournant vers les juges.
Ceux-ci se retirèrent pour délibérer.
Nous nous inquiétâmes de la durée de celui-ci. Il nous fut répondu  qu’il serait bref, en raison de la prépondérance de l’efficacité sur les autres critères pouvant ralentir le cours de la justice.

Effectivement, moins de 10 minutes plus tard, les juges revinrent et rendirent leur verdict. Le licenciement était reconnu illégitime et sans cause réelle et sérieuse. Incontestablement, les heures supplémentaires n’avaient pas été payées !
 En conséquence, l’employeur était condamné à verser trois mois de salaire à son ancienne salariée.

A l’énoncé du verdict, celle-ci fondit en larmes, implorant les juges: « que vais-je faire avec trois mois d’indemnités alors qu’il y a des millions de chômeurs? Le seul paiement des heures supplémentaires dues dépasse le montant que vous m’octroyez » hoqueta-t-elle dans un sanglot.
Le juge, le visage impassible, répondit:« j’ai bien conscience de ce que vous dites et dans le fond vous avez raison,  mais c’est la loi ! ».

Ah qu’il est bon de savoir qu’en France, un salarié reconnu comme victime à droit comme toute victime à la réparation de son préjudice, et non à un ersatz d’indemnisation contraint par un barème imposé.
Qui oserait proposer le contraire ?

À la semaine prochaine !