CFTC Paris | Faut-il supprimer Pôle Emploi ?
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Faut-il supprimer Pôle Emploi ?

Faut-il supprimer Pôle Emploi ?


Chronique de J. THOUVENEL du 17.12.2013 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

La question est dans l’air : Faut-il supprimer Pôle Emploi pour confier ses missions au secteur privé ?

 

Pour les détracteurs du service public de l’emploi, celui-ci est inefficace, avec un rendement quasi nul et des coûts de placement plus élevés que chez les sous-traitants.

 

Vrai ou faux ?

 

Il est vrai que les salariés de Pôle Emploi sont submergés de travail et qu’entre la pression pour faire du résultat, la bureaucratie interne, le manque de moyens et la hausse du chômage, l’allocataire a trop souvent l’impression d’avoir à faire au royaume du père Ubu plutôt qu’à une institution organisée et performante.

 

Et du côté du privé ? Est-ce mieux ?

 

Un récent rapport de la DARES, la Direction de l’Animation de la Recherche des Etudes et des Statistiques, nous apporte des éléments forts intéressants.

 

Que nous dit-il ?

 

Les études qui identifient un groupe de contrôles crédibles ; population similaire et nature identique de l’accompagnement ; convergent sur le fait que le recours aux opérateurs privés est souvent moins efficace pour le retour à l’emploi que le recours à l’opérateur public. Et les chiffres parlent !

 

Pour les licenciés économiques en convention de reclassement, par exemple, moins d’1 sur 3 pointe encore au chômage treize mois après leur perte d’emploi quand ils sont suivis par l’opérateur public, contre 38 % pour un opérateur privé.

 

Le taux de contrats à durée indéterminée décrochés est supérieur à Pôle Emploi : 44 %. Contre 39 % pour le privé.

 

Cerise sur le gâteau ! Le coût de placement d’un chômeur serait de 22.000 euros en moyenne par an pour le privé, et de 11.000 euros pour le public.

Ce qui a fait écrire à un journaliste du Figaro, peut soupçonnable d’être un ennemi du secteur privé : « Pôle Emploi reclasse mieux les chômeurs que le privé ».

 

Et pourquoi donc, me direz-vous ?

 

La raison principale en est simple. La course au profit !

 

Si je suis rémunéré au nombre de salariés reclassés, je fais du chiffre. Peu importe si je privilégie les CDD d’un mois plutôt que la recherche de solutions pérennes. Il existe également un risque d’écrémage, les opérateurs externes peuvent décider de sélectionner ou d’inciter à les contacter que les chômeurs les plus proches du marché du travail et donc ceux qui sont les plus susceptibles de retrouver un emploi.

 

Mais d’où vient l’augmentation des coûts ?

 

L’opérateur privé, et cela est légitime, a la nécessité de couvrir ses charges et d’avoir une marge bénéficiaire. A cela, se rajoutent la rédaction des contrats de sous-traitance et le suivi de leur réalisation qui peuvent avoir des coûts importants, comme on peut le voir en Allemagne ou au Pays-Bas.

 

Et oui ! Si je délègue en externe, il faut que je contrôle pour éviter les dérives et abus.

 

Cela ne veut pas dire qu’un certain nombre d’opérateurs privés ne font pas correctement leur travail et que tout est rose à Pôle Emploi ! Mais simplement qu’avant de vouloir détruire une maison, même s’il y a des trous dans le toit et des fuites au sous-sol, mieux vaut s’assurer que ce n’est pas pour vivre sous la tente.

 

A la semaine prochaine.