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La gestion du personnel à l’épreuve des suicides

 

REUTERS | 15.09.2009 | 23:49

Par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) – Un suicide reste mystérieux, mais se donner la mort sur son lieu de travail oblige à réfléchir sur certaines techniques de gestion du personnel dans une société très individualiste, estiment des spécialistes.

Pour y faire face, il convient selon eux de couper court à toute forme d’humiliation dans l’entreprise, où les salariés doivent retrouver des sentiments tels que la sécurité, la justice, la reconnaissance et le plaisir de travailler.

L’émotion suscitée par la vague de suicides à France Télécom, où 23 personnes se sont donné la mort depuis début 2008, interpelle l’ensemble des salariés.

Pour le psychanalyste Samuel Lepastier, choisir de mourir sur son lieu de travail envoie un signe clair à l’entreprise, même si le salarié a des problèmes par ailleurs.

« L’entourage se sent toujours visé par un suicide. Se suicider au travail, c’est désigner le travail comme coupable. Avec ce bémol : des personnes ont tendance à projeter au travail des difficultés d’ordre interne », explique-t-il.

Quand une vague de suicides se produit dans une entreprise, les désespérés « expriment de façon extrême un sentiment porté par tous », souligne le thérapeute.

« Il n’y a pas d’étanchéité entre vie au travail et vie personnelle, il y a une porosité entre les deux », a estimé sur France Inter la sociologue Monique Crinon.

La consultante, qui a effectué une mission à France Télécom, y décrit une gestion du personnel incompréhensible et déshumanisée.

« Le poste vaut plus que celui qui l’occupe, et ce dernier perd de sa valeur », note-t-elle. « Les salariés nous disent ‘nous n’acceptons pas que notre travail soit vidé de son sens, nous n’acceptons pas d’être des pions' ».

« TENIR UN 100 MÈTRES SUR 10 KILOMÈTRES« 

Pour Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CFTC, la sonnette d’alarme est tirée depuis longtemps dans un monde de l’entreprise obsédé par la performance.

« On demande de plus en plus aux salariés de courir un 100 mètres et de le tenir sur 10 kilomètres, ce n’est tout simplement pas possible », a-t-il dit à Reuters.

« Dans les séries télévisées, les jeux de téléréalité, le but c’est éliminer les autres », fait-il remarquer. « Le message c’est : ‘soyez le meilleur et le meilleur, c’est celui qui écrase les autres' ».

Joseph Thouvenel reproche aux entreprises d’utiliser un vocabulaire guerrier, mais en oubliant l’entraide indispensable à la victoire d’une armée.

« Il faut aller au combat, l’ennemi c’est l’entreprise d’à côté, il faut prendre des parts de marché comme on prendrait une colline, et derrière ils sont incapables d’assurer une solidarité les uns avec les autres », dit-il. « Chacun sait que quand il aura son moment de faiblesse, on l’écrasera ».

Pour Samuel Lepastier, améliorer la prévention en augmentant le nombre de médecins du travail par exemple ne saurait suffire.

« Il faut donner un sens au travail », dit-il, « que les salariés aient plaisir à travailler et un minimum de reconnaissance dans leur dignité d’êtres vivants, pas uniquement comme unités de production »

Les techniques de gestion de personnel en flux tendu doublées de menaces de restructurations ou de déplacements sont à ses yeux vouées à l’échec.

« On pense que les gens qui ont peur de perdre leur poste vont travailler davantage. C’est une erreur : ils vont peut-être mécaniquement augmenter la production, mais ils perdront leur initiative et leur créativité », dit le psychanalyste.

Un sentiment doit selon lui être banni : l’humiliation.

« On ne peut pas accepter que certains en profitent pour humilier leurs subordonnés », prévient-il, évoquant des « personnes très ‘insécures’ qui ont besoin de tyranniser leurs employés pour échapper à une détresse personnelle ».