CFTC Paris | Interview de Bernard Vivier dans le journal La Croix
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Interview de Bernard Vivier dans le journal La Croix

Interview de Bernard Vivier dans le journal La Croix

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Quelle est la place du syndicalisme chrétien aujourd’hui ?

Bernard Vivier : Si la CFTC est à la dernière place des syndicats représentatifs, les résultats montrent malgré tout que le courant d’inspiration sociale chrétienne progresse dans le syndicalisme. Même dans une ère « post-chrétienne », la CFTC garde sa singularité : sa disparition affaiblirait le syndicalisme.

La culture sociale chrétienne reste aussi présente dans la CFDT, devenue à la faveur de ces élections le premier syndicat dans le privé. En poids relatif (qui prend en compte le seul périmètre des syndicats représentatifs), la CFDT obtient 30,32 %. Elle pourrait donc signer des accords seule. Cependant, elle a besoin de la force des autres syndicats réformistes, la CFTC ou la CFE-CGC notamment.

La CFTC a toujours été minoritaire dans le paysage syndical français. Elle n’a jamais eu l’ambition de créer un mouvement syndical majoritaire. Elle a vocation à défendre des principaux sociaux-chrétiens, à valoriser des thèmes comme la famille qui peuvent être difficiles à porter dans le débat public.

A quels thèmes, issus de la culture sociale chrétienne, la CFTC est-elle particulièrement attachée ?

Bernard Vivier : Sa définition même de l’entreprise est au cœur de cette approche sociale chrétienne. Pour la CFTC, il s’agit d’une communauté de personnes. À ce titre, elle a beaucoup promu la participation et l’intéressement pour les salariés.

L’attachement au respect de la personne est aussi fondamental pour elle. Elle est l’une des premières à avoir porté la notion de statut du travailleur et des droits qui y sont attachés. Elle revendique que c’est la personne, et non l’emploi, qui doit être protégée.

Elle est d’ailleurs en pointe sur les questions de conciliation vie professionnelle-vie familiale. À l’heure du développement du télétravail, cela n’est pas négligeable. Ses positions sur le travail du dimanche ne sont pas directement liées à des convictions religieuses, mais il s’agit de préserver des temps pour la famille et pour la société.

L’influence chrétienne est-elle encore déterminante pour l’engagement des militants ?

Bernard Vivier : Elle l’est de moins en moins. Si l’on devait faire une cartographie du mouvement, je dirais qu’aujourd’hui, un gros tiers des militants de la CFTC ont un engagement qu’ils estiment être en écho à leurs convictions religieuses. Une minorité, moins de 15 %, sont des catholiques « traditionalistes » que le mouvement n’a pas laissé prospérer.

La grande majorité, enfin, adhère surtout à sa dimension réformiste. Mais ils l’ont choisie pour ce supplément d’âme : ils y trouvent une culture, une solidité et une tradition ouverte.

Cela s’explique principalement par le fait que, jusque dans les années 1990, les militants avaient été formés par des mouvements chrétiens comme la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). Aujourd’hui, les mouvements d’Église ne produisent plus autant ce type d’engagement.