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LA VENTE DE TON CORPS, MA SŒUR

LA VENTE DE TON CORPS, MA SŒUR


Chronique de J. THOUVENEL du 18.12.2012 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

Paris, boulevard des Maréchaux, 3h45 du matin, 3 degrés centigrade au thermomètre et une humidité glacée qui tombe sur la capitale.
Une frêle silhouette apparaît dans la lumière des phares, longs cheveux bruns encadrant un visage mat, jeune, très jeune, quasiment enfantin.
Installée sur une bouche d’aération en bordure de la chaussée, la jeune fille  attend, seule, dans la nuit.
Elle attend qu’une voiture s’arrête et l’embarque pour une passe, après avoir discuté du prix de son corps.
C’est au XXIème siècle, un moment de prostitution ordinaire au sein de la ville lumière.
Que fut ta vie, jusqu’à aujourd’hui, pour que tu échoues sur un trottoir parisien au cœur de l’hiver, toi dont la couleur de peau, évoque plus le soleil que les frimas ?
Qu’est-elle, aujourd’hui, ta vie ?
Je sais; certains estiment que tu fais un travail comme les autres, après tout c’est l’offre et la demande, il y a des clients, il faut donc vendre. C’est la loi du marché, fusse le marché aux esclaves.
Quand Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes invite à pousser l’idée de sanctionner les consommateurs de sexe tarifé, de gauche, de droite et d’ailleurs le cœur des nouveaux bien pensants s’est fait entendre. Tel théâtreux connu pour ses positions et déclarations récurrentes en faveur des damnés de la terre, s’épanche dans la presse pour dire tout le bien qu’il pense du plus vieux métier du monde.
Il se revendique consommateur, cela lui fait du bien, parait il.
Tel couturier (dit grand), glose publiquement sur la liberté que l’on assassinerai. Sanctionner la consommation de chair humaine, jeune et fraiche de préférence, nuirait à la créativité et la liberté de l’artiste avec un grand A.
Et pendant ce temps, tremblante dans le froid, le sourire figé, le regard ailleurs une presqu’enfant affronte la nuit, la peur et le dégout d’elle-même. Loin, très loin, de son soleil natal. Loin, très loin, de son rêve de la France, le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Elle ne sait pas qu’un intermittent des droit de l’homme pérore bien au chaud, justifiant l’injustifiable parce que « cela lui fait du bien » et que pour la soi-disante créativité d’un richissime maitre de la mode, elle doit continuer à servir de Kleenex à des mâles à l’hygiène incertaine.
Pardonne-nous petite,
pardonne nous d’être aussi lâches pardonne-nous notre désintérêt.
Pardonne nous d’afficher avec tant de morgue ces générosités de posture pendant que prospère la lèpre qui réduit au rôle d’objet sexuel, un être humain, une sœur ou un frère en humanité.


A la semaine prochaine