CFTC Paris | Le fruit de la ruine et du travail des autres
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Le fruit de la ruine et du travail des autres

Le fruit de la ruine et du travail des autres

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                                          Lu dans le magazine Limite d’octobre 2016

 

 

Il existe bien une différence entre un économiste libéral et un hamster. Le hamster, lui, sait s’arrêter de tourner dans cage, alors que l’économiste ne s’en lasse jamais, ne cessant de vanter l’augmentation continue du PIB.

Matérialiste, il ne voit dans le travail qu’une marchandise, une ressource comme une autre, exploitable, malléable et déplaçable. « L’erreur du capitalisme primitif peut se répéter partout où l’homme est en quelque sorte traité comme un instrument et non comme sujet et auteur, et véritable but, de tout le processus de production », nous avait pourtant prévenu Jean-Paul II dans Laborem exercens en 1981.

Loin des courbes de taux de profit qui nous aveuglement, il nous faut réaffirmer avec force que le fondement de l’économie n’est pas l’argent, mais le travail, qui permet à chacun de subvenir à ses besoins en participant à l’œuvre commune. Activité créatrice et sociale : on ne  travaille pas pour soi, mais avec et pour les autres, à commencer par les siens. En ce sens, les parents qui élèvent leurs enfants, comme les bénévoles qui encadrent des jeunes le dimanche, travaillent. Les services qu’ils rendent à la société sont primordiaux, mais inestimables : c’est pour cela qu’ils sont comptés pour rien par les économistes.

Dès le XIIIe siècle, Saint Thomas d’Aquin théorisait le juste salaire, c’est-à-dire la contrepartie financière que l’on est en droit d’attendre de son travail, ce « bien ardu » : chacun doit par son labeur pouvoir vivre et faire vivre dignement sa famille tout en épargnant. Alors que ces dernières décennies ont vu des millions de nos concitoyens mis au chômage ou précarisés, nous engrangions dans le même temps d’énormes gains de productivité. Une économie largement virtuelle a peu à peu dominé l’économie réelle, l’être humain devenant une variable d’ajustement au service de règles devenues folles.

Au IVe siècle, Saint Ambroise enseignait déjà la destination universelle des biens en affirmant que l’on n’avait pas à s’arroger ce qui est donné en commun pour l’usage de tous. Ce principe concerne aussi le travail. Chacun doit y avoir accès, non pas pour consommer toujours plus, mais pour vivre décemment. Le mythe de la libre concurrence planétaire, posé comme un absolu, nous entraine dans une course délirante qui ne sert les intérêts que d’une infime minorité laissant les consommateurs insatisfaits et les travailleurs désespérés. « Li Chunmei, une chinoise de 19 ans, est morte après avoir travaillé sans interruption 16 heures par jour pendant 60 jours d’affilée, à fabriquer des peluches pour les enfants des pays dits « développés ». Nous achetons. Ils meurent… », résume William Cavanaugh dans Être consommé (L’Homme nouveau, 2007).

Jusqu’à quand ?