CFTC Paris | Les grandes figures sociales: Albert de Mun
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Les grandes figures sociales: Albert de Mun

Les grandes figures sociales: Albert de Mun

« Des doctrines nouvelles se sont levées sur le monde, des théories économiques l’ont envahi, qui ont proposé l’accroissement indéfini de la richesse comme but suprême de l’ambition des hommes, et qui, ne tenant compte que de la valeur échangeable des choses, ont méconnu la nature du travail, en l’avilissant au rang d’une marchandise qui se vend et s’achète au plus bas prix ».

Déclaration d’Albert de Mun devant le Parlement -1884-

 

 

Albert de Mun, né à Lumigny (Seine et Marne) le 28 février 1841 – mort à Bordeaux le 6 octobre 1914.

Cet aristocrate, de son nom complet Adrien Albert Marie, comte de Mun siégea comme député de 1876 à 1878 puis de 1881 à 1914.

Il défendit avec force nombre de réformes sociales, s’affichant comme adversaire du libéralisme comme du socialisme, prônant une troisième voie inspirée par la doctrine sociale chrétienne.

A l’occasion des débats sur la loi autorisant les syndicats (loi Waldeck-Rousseau) il défend à la chambre le 25 janvier 1884, l’importance de la question sociale dans un discours qui pourrait quasiment être repris mot pour mot en 2015 :

 « La question est de savoir si tous ceux qui ont intérêt à la conservation sociale, – et je n’en excepte naturellement personne, – sauront à temps se réunir et s’entendre, non pas pour se coaliser dans une infructueuse résistance, mais pour diriger, pour conduire la réforme économique devenue nécessaire, ou si cette réforme inévitable se fera définitivement sans eux et contre eux. Voilà la question : il n’y en a pas de plus haute dans l’ordre politique, je n’en connais pas qui mérite à un plus haut point de fixer l’attention des hommes d’État ; elle a un nom : c’est la question sociale.

Les nations modernes sont en souffrance, et la maladie chronique qui les épuise (…) c’est l’excès de la concurrence.

Depuis un siècle, des doctrines nouvelles se sont levées sur le monde, des théories économiques l’ont envahi, qui ont proposé l’accroissement indéfini de la richesse comme le but suprême de l’ambition des hommes, et qui, ne tenant compte que de la valeur échangeable des choses, ont méconnu la nature du travail, en l’avilissant au rang d’une marchandise qui se vend et s’achète au plus bas prix.

L’homme, l’être vivant, avec son âme et son corps, a disparu devant le calcul du produit matériel. Les liens sociaux ont été rompus ; les devoirs réciproques ont été supprimés ; l’intérêt national lui-même a été subordonné à la chimère des intérêts cosmopolites, et c’est ainsi que la concurrence féconde, légitime, qui stimule, qui développe, qui est la nécessaire condition du succès, a été remplacée par une concurrence impitoyable, presque sauvage, qui jette fatalement tous ceux qu’elle entraîne dans cette extrémité qu’on appelle la lutte pour la vie. »

La loi Waldeck-Rousseau autorisa les syndicats, mais refusa les demandes d’Albert de Mun qui voulait que les organisations syndicales puissent acquérir des biens, avoir le droit de recevoir des dons et des legs, organiser des caisses contre le chômage, la pauvreté, la maladie et la vieillesse.

Toute sa vie il condamna la lutte des classes prônant l’association entre dirigeants et salariés.

Dès 1884 dans un discours qui fit date il défend l’idée émise par un industriel Alsacien, Monsieur Legrand d’une législation internationale du travail.

Il invita le gouvernement « à préparer l’adaptation d’une législation internationale qui permette à chaque Etat de protéger l’ouvrier, sa femme et son enfant, contre les excès du travail, sans danger pour l’industrie nationale ».

Si Jules Ferry et son gouvernement ne saisirent pas l’importance de la proposition d’Albert de Mun, les Suisses mirent la législation internationale ouvrière à l’ordre du jour du Conseil Fédéral Helvétique, pendant qu’en Allemagne Guillaume II convoqua la conférence de Berlin qui vota des recommandations favorables à la création d’une législation internationale du travail.

Tout au long de sa carrière politique, Albert de Mun fut à l’initiative d’importantes propositions de loi sociales, comme :

  • L’interdiction du travail des enfants avant 13 ans pour les garçons et 14 ans pour les filles.
  • L’interdiction des travaux de force avant l’âge de 16 ans pour les garçons et sans limite d’âge pour les femmes.
  • L’instauration du repos dominical.
  • L’interdiction de travailler plus de 11h par jour. Cette limitation fut repoussée en commission par 8 voix, dont celles de deux députés du « parti d’unité prolétarienne », contre 4.
  • La Protection des ouvriers contre les conséquences de la maladie et de la vieillesse (est ainsi posé le principe des retraites ouvrières et paysannes).

  • Le congé de maternité de 4 semaines rémunéré pour les femmes enceintes et accouchées. (Il fallut attendre 1913 pour que cette question fût réglée).
  • La suppression du travail de nuit pour les femmes et les enfants.

  • En 1889, il réclame la journée maximale de 10h, faisant scandale auprès de la quasi-totalité des parlementaires, ce qui ne l’empêchera pas de revendiquer la journée de huit heures pour un proche avenir.
  • Il soutient la fixation d’un salaire minimum par la loi, arguant que pour les catholiques sociaux l’intervention de l’Etat, dans ce domaine, n’est ni abusive ni arbitraire.
  • Il demande que la loi sanctionne le renvoi d’un ouvrier ou le refus de l’embaucher lorsque le motif déclaré est sa qualité de syndiqué et réclame des sanctions pour ceux qui auront usé de contrainte pour obliger un ouvrier à quitter ou à adhérer à un syndicat.
  • Il défend une fois de plus sans succès une proposition de loi visant à rendre insaisissables les petites propriétés agricoles pour éviter que les paysans expulsés de leur terre sombrent dans la misère.

Visionnaire, novateur, humaniste, tel fut le travail du député Albert de Mun. Il sut bousculer les « bien-pensants » de l’époque et fut un acteur majeur de notre construction sociale.