CFTC Paris | Les grandes figures sociales chrétiennes: Jules ZIRNHELD
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Les grandes figures sociales chrétiennes: Jules ZIRNHELD

Les grandes figures sociales chrétiennes: Jules ZIRNHELD

« Il y a tant de belles et bonnes choses à faire et si peu de dévouements, qu’il faut bien donner un peu plus qu’il ne faut».

 Jules ZIRNHELD

 

 

Jules ZIRNHELD, né à Paris le 9 novembre 1876 – mort à Paris le 28 décembre 1940.

De père Alsacien et de mère Charentaise, Jules, issu d’un milieu modeste, décrit sa jeunesse comme rude. Il fallait vivre à cinq avec cinq francs par jour, l’espace vital était limité, la nourriture souvent insuffisante.

« Je suis né dans le peuple et dans ce qu’il a de plus profond » écrira-t-il.

A 15 ans, il est employé dans un établissement de soierie tout en participant activement aux missions d’apostolat de l’association Saint Benoît Labre.

Dès 16 ans, il adhère au syndicat des employés du commerce et de l’industrie. 4 ans plus tard, il entre à la commission d’étude du syndicat qui met sur pied des projets de loi, dont plusieurs furent adoptés par le parlement.

Face à la double intolérance, cégétiste et patronale, il plaide avec éloquence la cause du syndicalisme chrétien.

A Bruxelles, en 1903, au congrès international des employés, il repousse avec ironie l’accusation de confessionnalisme que certains dressent déjà contre l’organisation qu’il représente.

« Que les adhérents professent une religion, que les statuts se réfèrent à la doctrine sociale chrétienne, en quoi cela gène-t-il la liberté d’action du syndicat ? ».

En 1906, ZIRNHELD est élu Président du SECI. Il lance une campagne pour le respect du repos dominical.

En 1913 est fondé la fédération des employés, des rapports se nouent avec des groupements de travailleurs manuels.

ZIRNHELD affirmera que sans la guerre, la CFTC aurait été créée dès 1914.

Salarié de Michelin depuis 1909, chargé de gérer les fonds du comité national de l’aviation militaire, c’est comme officier observateur et bombardier que Jules servira, accomplissant nombre de missions périlleuses qui lui valurent croix de guerre et légion d’honneur, mais aussi, suite à un atterrissage forcé, la captivité.

A peine rentré d’Allemagne, ZIRNHELD, épaulé par Gaston TESSIER, reprend son grand dessein d’une confédération syndicale d’inspiration chrétienne.

Pour lui, il s’agit d’une question centrale.

« Une expérience déjà longue permet d’affirmer que la neutralité n’existe pas plus dans le domaine social que dans le domaine philosophique. A un moment quelconque du développement d’un problème professionnel, une question morale se pose, sur laquelle catholiques, matérialistes ou socialistes ne peuvent se trouver toujours d’accord ».

Le 2 novembre 1919, avec notamment le renfort des syndicats féminins et des indépendants d’Alsace-Lorraine, est créée la CFTC – Confédération Française des Travailleurs Chrétiens. Jules ZIRNELD en devient le premier Président.

Magnifiquement secondé par Gaston TESSIER et par toute l’équipe du bureau confédéral, la nouvelle confédération se développe.

Les adhésions rentrent, avec un bel éclectisme. Croyants ou non croyants, qui ne veulent ni subir le joug du matérialisme patronal, ni de la lutte des classes, ni de révolution violente mais qui se reconnaissent dans l’encyclique RERUM NOVARUM.

Très vite, le cap des 100 000 membres est dépassé.

En 1920, 40 sièges prud’homaux sont enlevés. La CFTC devient membre du Conseil Supérieur du Travail.

« Pas de démagogie ! Pas de déviation politique ! Un syndicalisme libre, professionnel, familial et d’inspiration chrétienne, capable d’intervenir durement, quand il faut, pour de justes salaires et d’équitables conditions de travail ».[1]

« On participe aux grèves des banques, aux formidables conflits textiles du Nord, à ceux des métallos de Saint-Etienne ». Mais en toute occasion, ZIRNHELD défend la conciliation, la négociation. La grève, c’est le dernier recours. ZIRNHELD et le comité national de la CFTC condamneront les grèves à caractères politiques déclenchées par la CGT, actionnée par le parti Communiste.

La CFTC, c’est être libre et indépendant !

Ce qui déplaisait[2] fortement  aux marxistes comme aux puissances d’argent.

Les premiers accusent la Confédération chrétienne d’être un mouvement confessionnel lié à l’église catholique et saisissent le Conseil d’Etat pour nous faire interdire pour manque d’indépendance. Argument rejeté en décembre 1924 par le Conseil d’Etat.

Les seconds, emmenés par le consortium de l’industrie textile, déclenchent une violente campagne contre ceux qu’ils appellent « les rouges chrétiens ». Une dénonciation en bonne et due forme est envoyée au Vatican. Après une enquête de 4 ans, Rome répondra en affirmant la nécessité des syndicats et soutenant la démarche de la CFTC, ferme dans ses revendications et non violente dans ses modes d’action.

Dans les années 30, ZIRNHELD et son équipe élaborent un projet visant à répondre à la crise.

Jules en donnait l’inspiration générale par ces mots : « Au-delà du Capitalisme ? Pas seulement. Au-delà du matérialisme ».

Rappel des valeurs fondamentales et ligne d’équilibre entre le social et l’économique, en évitant le double écueil de l’anarchie libérale et de l’étatisme socialiste.

En 1936, c’est l’épreuve de force avec la CGT. Celle-ci tente d’éliminer la CFTC, avec le soutien d’une partie de la classe politique,  en l’interdisant de siéger dans les négociations et les organismes officiels.

Bientôt, ce sont directement les militants qui sont visés, notamment dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Les cégétistes prétendent interdire l’accès des puits à qui ne présente pas la carte CGT.

« ZIRNHELD et le bureau confédéral prennent énergiquement position : solidarité pleine et entière avec les revendications légitimes de la classe ouvrière, rejet des méthodes violentes et des implications politiques, affirmation véhémente de la liberté syndicale, caution de toutes les libertés ». [3]

Les « rebelles » comme on les nomme, résistent magnifiquement, soutenus par une population toujours plus nombreuse.

Les militants CFTC tiennent bon et l’emportent ; dans la foulée, la centrale chrétienne triplera ses effectifs. Mais la plus belle victoire, ce sont les lois sur les conventions collectives, la conciliation, l’arbitrage et les délégués du personnel qui reprennent le plan de la CFTC.

Ce qui a permis à ZIRNHELD de clamer sa fierté de voir :  « Une organisation socialiste et communiste, un gouvernement de front populaire ne point trouver mieux à faire que de renoncer à leur plan et à leur programme pour réaliser le programment et le plan du syndicalisme chrétien ».

L’action internationale

Au sortir de la première guerre mondiale, ZIRNHELD faisait l’analyse suivante : « Dans le chaos du lendemain de l’hécatombe, deux forces adverses semblaient vouloir régenter le monde à leur convenance et suivant leurs intérêts ou leurs méthodes : l’internationale économique et financière, caste réduite mais rendue toute puissante par la guerre , et l’internationale révolutionnaire, cohues nombreuses et turbulentes, agitées de spasmes violents, malgré ses mouvements désordonnés, vers des buts trop certains ».

En réponse à ces deux dangers, ZIRNHELD joue un rôle prépondérant dans le lancement et le développement de la Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens.

Il y voyait également un moyen de préserver la paix entre les nations.

Mais déjà, le fascisme mussolinien interdisait les syndicats chrétiens d’Italie. L’avènement d’HITLER portera un coup fatal aux puissantes organisations allemandes.

Le congrès de 1937 de la Confédération Chrétienne Internationale aura lieu à Paris, il sera tout entier consacré à « la primauté de l’humain » pour combattre les deux abominables philosophies du « haras et de la termitière » qui envahissent l’Europe.

La guerre éclate, l’invasion foudroyante de 1940, jette dans la consternation l’ancien prisonnier de guerre.

Il ne pourra s’opposer à l’apposition des scellés de la gestapo sur le siège de la CFTC, comme à la loi du 16 août 1940, qui prononça la dissolution de la CFTC.

Comprenant que c’était le principe même de la liberté syndicale qui était remis en cause, il refuse énergiquement de cautionner ce texte, il refusera également de cautionner la charte du travail dessinée par Berlin et mise en place par Vichy.

En novembre 1940, rendant hommage à un militant décédé, il déclare : « Il n’aura pas eu le chagrin de voir disparaître le syndicalisme pour faire place à un organisme sans principe et peut-être sans foi ni loi ». La suite lui donnera tragiquement raison.

Le 15 novembre, face à la menace du syndicalisme étatique, il signera courageusement avec Gaston TESSIER, le manifeste des 12 qui affirme les droits et les libertés nécessaires pour un syndicalisme authentique.

En s’appuyant sur cette phrase empruntée au catholicisme social : « La formule de l’avenir, c’est le syndicat libre dans la profession organisée et dans l’Etat souverain ».

Le syndicat n’était plus libre, les professions dévastées et le pays occupé.

Dans les dernières semaines de sa vie, le vieux lutteur eu encore la force de mettre en place une circulaire de liaison, destinée aux militants éparpillés, avec comme but de garder contact avec tous ceux qui se réclamaient du syndicalisme chrétien et de préparer l’avenir.

[1] Cité dans « Figures de proue du syndicalisme chrétien » supplément de syndicalisme CFTC – directeur de la publication Jean BORNARD

[2] « déplaisait »pourrait être mis au présent – note du rédacteur.

[3] Cité dans « Figures de proue du syndicalisme chrétien » supplément de syndicalisme CFTC – directeur de la publication Jean BORNARD