CFTC Paris | les veilleurs
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les veilleurs

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Chronique de J. THOUVENEL du 16.02.2016 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !


Bonjour à toutes et à tous,

index.jpgAvis de tempête de météo-France, 10 départements en alerte orange, mer du nord et océan atlantique déchainés.

Paris 22h, la nuit, le froid, le vent, la pluie. A proximité du Palais-Royal, dessous un vaste porche s’élèvent  les notes d’un Ave Maria.

Quelques passants s’arrêtent un instant, intrigués par ce rassemblement hétéroclite de chapeaux, capes, parapluies, doudounes et autres imperméables, en arc de cercle autour d’une flûte traversière et d’un ersatz de piano.

Chassés par la pluie, les badauds s’éloignent rapidement, tandis que s’élèvent quelques notes de Chopin. Nuls applaudissements, à la fin du morceau, mais dans le silence retrouvé une centaine de mains jaillissent au-dessus des têtes et tournent sur elles-mêmes pour saluer ce moment d’émotion partagé.

Les deux jeunes femmes qui officiaient rangent leurs instruments, un sourire aux lèvres, avant de rejoindre discrètement la cinquantaine de personnes installées plus ou moins confortablement sur un bout de trottoir humide. Un grand jeune homme, brun et dégingandé, prend la parole. Il parle éducation et enseignement, de l’importance de l’un et de l’autre, des failles toujours plus larges de notre système scolaire, mais aussi de l’ambition de reconquérir cet espace occupé depuis des années par d’autres. Ces autres, qui si on juge l’arbre à ses fruits, on faillit dans leur mission.

C’est un enseignant qui lui succède, il nous parle avec chaleur de ses élèves d’une classe de 4e de transition, vous savez ces mauvais, ces médiocres, que l’on met sur la touche, que l’on traîne et qui se traînent jusqu’à la sortie de l’école.
Il évoque l’atelier théâtre, qui leur a permis de s’éveiller à la beauté de la langue française.

Les mauvais, les médiocres « n’avaient-ils donc tant vécu que pour cette infamie ? »,  « Où vas-tu t'engager, et quel est ton espoir ?  « Serait-ce cette école qui  porte malheur à tout ce qui l’entoure, qui prend nos meilleurs fils, pour mes droits, sans remords », « tout ce qu’ils souhaitaient c’était de savoir cinq ou six grands mots de médecine, pour parer leurs discours et se donner l’air d’habile homme ».

« Je te donne la liberté de parler et de me dire tes sentiments »

Telle fut la pédagogie de celui qui les amena à jouer les plus grands.

En s’appropriant nos classiques, ils se grandirent et se réalisèrent, jusqu’à recevoir l’hommage unanime d’une salle stupéfaite debout pour les acclamer, ces mauvais, ces médiocres qui partirent en tournée célébrer et partager le vrai savoir.

C’était une soirée des veilleurs à Paris, en février, dans le froid et la pluie.

Merci à vous jeunes veilleurs qui  fidèles et pugnaces résistez aux modes et aux renoncements pour ne rien lâcher de vos convictions et de vos espoirs.

Merci également par ordre d’entrée à Corneille, Racine, Hugo et Molière pour leur participation involontaire à cette chronique et que les puristes veuillent bien excuser les quelques libertés prises avec le Cid, Bérénice, Hernani, le Médecin malgré lui et Don Juan.

 

À la semaine prochaine !