CFTC Paris | L’Etat contre les salariés ?
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L’Etat contre les salariés ?

L’Etat contre les salariés ?

Vuitton-LVMH:le gouvernement

serait intervenu

Par Elisabeth Studer le 11 octobre 2006

Lvhparis04017La justice française serait-elle influençable ? C’est ce qui pourrait ressortir du « nouvel épisode » concernant l’interdiction de travailler le dimanche faite à un célibrissime magasin de la marque Louis Vuitton.

La CFTC Paris a dénoncé en effet mercredi dans un communiqué l’intervention du ministère de l’Emploi en faveur de l’ouverture le dimanche du magasin Louis Vuitton des Champs-Elysées.

Le 31 mai dernier, le tribunal administratif de Paris avait annulé l’autorisation d’ouvrir le dimanche concédée fin décembre 2005 par la préfecture au magasin Louis Vuitton commercialisant les célèbres articles de maroquinerie dans ce quartier très touristique de Paris. Le groupe LVMH, maison-mère de Louis Vuitton avait alors fait appel. En attendant la décision sur le fond, la cour d’appel a autorisé le magasin à ouvrir le dimanche.

Si l’argumentaire associé à la demande de fermeture du magasin, lié au respect de la vie de famille peut prêter à discussion, reste néanmoins que la pratique ainsi mise en avant par le syndicat est pour le moins discutable, pouvant même conduire à douter de l’indépendance des juges.

Un courrier ministériel adressé à la Cour d’appel et demandant d’annuler un jugement du tribunal administratif de mai permettrait d’attester les dires du syndicat. Dans un courrier adressé en juillet au président de la cour administrative d’appel, et dont la CFTC a eu connaissance mercredi, le directeur des relations du Travail, Jean-Denis Combrexelle, demande en effet de « bien vouloir annuler le jugement du tribunal administratif ».

Le représentant du ministère de l’Emploi estime notamment que le magasin est « aussi un espace artistique et culturel en raison de son agencement« , ce qui justifierait selon lui l’ouverture dominicale. « Les produits Louis Vuitton sont de renommée internationale et constituent l’une des vitrines de la mode parisienne; ils sont un des emblèmes des souvenirs de Paris pour les touristes étrangers », poursuit M. Combrexelle.

L’Union départementale CFTC de Paris « s’étonne » de cette intervention. « Assimiler des sacs à mains, chaussures et autres articles de maroquinerie à des oeuvres culturelles reste et demeure une escroquerie intellectuelle visant à contourner la loi sur le repos dominical« , commente le syndicat.

Le tribunal administratif de Paris avait annulé, début juin, l’autorisation d’ouvrir le dimanche concédée fin décembre par la préfecture à un magasin Louis Vuitton dans le quartier des Champs-Elysées. La nouvelle avait été annoncée par Me Thierry Douëb, avocat de la CFTC Paris, à l’origine du recours.

Le groupe LVMH, maison-mère de Louis Vuitton, avait alors indiqué son intention de faire appel de la décision. « Nous ne connaissons pas à ce jour les motifs de la décision, mais il ne peut s’agir que d’une interprétation restrictive et malthusienne de la loi », affirmait alors Yves Carcelle, président de Louis Vuitton. Le magasin concerné, d’une surface de 1.900 mètres carrés est selon LVMH un « vaisseau du luxe » comprenant une librairie et un étage consacré à l’exposition d’oeuvres d’art, qui emploie « quelque 300 salariés », dont 70 voient leur emploi « mis en cause » par cette décision.

« Nous nous réjouissons de cette annulation », avait pour sa part alors affirmé Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la centrale chrétienne, qui refuse la « marchandisation » du dimanche au nom du « respect de l’équilibre de vie nécessaire à la famille ». « Le petit bagagiste des Champs-Elysées n’est pas au-dessus des lois », a commenté dans un communiqué la CFTC-Paris, satisfaite d’une décision qui selon elle met aussi un terme à « la concurrence déloyale d’un groupe multinational par rapport aux petits commerçants ».

Aux côtés de la CFTC-Paris, la CFTC Commerce et deux organisations patronales, la Fédération nationale de l’habillement et la Chambre syndicale de l’habillement de la région Ile-de-France, avaient elles aussi saisi le tribunal administratif. « Le tribunal a, semble-t-il, décidé de suivre l’avis du commissaire du gouvernement qui, dans ses réquisitions, avait affirmé que vendre des articles de maroquinerie, de chaussures et de prêt-à-porter ne pouvait pas être assimilé à la vente de produits culturels, qui bénéficient, eux, de dérogations« , a affirmé l’avocat.