CFTC Paris | L’état de la France vu par un syndicaliste
3464
post-template-default,single,single-post,postid-3464,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-10.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.12.1,vc_responsive

L’état de la France vu par un syndicaliste

france_catho.png

L’état de la France vu par un syndicaliste

sans_titre.png
Est-ce que la droite ferait mieux ou pire que la gauche sur la question de l’emploi ?


Joseph Thouvene
l
: Pour répondre à votre question, il faudrait d’abord définir ce qu’est aujourd’hui la droite et la gauche. Personnellement je ne m’y risquerai pas, tellement le sujet est complexe.

Je préfère, point par point, regarder le positionnement des uns et des autres.
Prenons le repos dominical, ce temps collectif indispensable à la vie familiale, personnelle, associative et spirituelle, est attaqué par des politiques s’affichant de droite comme de gauche et défendu par des politiques se revendiquant de gauche comme de droite.

La ligne de partage me semble plutôt être entre deux visions antinomiques de l’être humain. Les matérialistes d’un côté et de l’autre ceux qui estiment que chacun d’entre nous est appelé à la transcendance.

Pour les matérialistes, le travail est une valeur marchande, un bien échangeable.

Nous n’existons vraiment économiquement et socialement que si nous avons la capacité de produire et consommer. Le salarié devient une variable d’ajustement, des minimas sociaux sont mis en place pour éviter la grande misère qui pourrait entraîner la colère du petit peuple. Colère qui pourrait balayer les rentes de situation de quelques-uns et mettre à bas le bel édifice d’une mondialisation prosterner devant le veau d’or.

Pour les sociaux-chrétiens, le travail à une dimension bien supérieure, c’est la participation à l’œuvre commune, l’occasion de se réaliser en cultivant ses talents, c’est également un acte social. Travailler c’est travailler avec les autres et pour les autres, et cela change tout.

Sous cet éclairage le seul objectif possible concernant le chômage est le plein emploi et non l’inversion d’une courbe.

Il nous faut également collectivement regarder la réalité en face et cesser de faire de l’idéologie. Quand Pierre Gattaz, patron du MEDEF, affirme dans une interview au Parisien « qu’autoriser l’ouverture des commerces le week-end et après 21 heures, sur la base du volontariat, pourrait créer 30 000 à 40 000 emplois ».
Je lui écris pour qu’il nous communique l’étude sur laquelle il se base pour faire une telle déclaration. Malgré plusieurs relances, aucune réponse. La raison en est simple, toutes les études sérieuses et indépendantes vont dans le même sens. Au mieux, l’ouverture des grandes surfaces et autres centres commerciaux le dimanche a un effet nul sur l’emploi, plus vraisemblablement c’est un effet négatif en raison de la destruction des commerces de proximité que ces ouvertures entrainent.

Selon la fédération patronale CONFERSECENTI, la libéralisation du dimanche en Italie a conduit à la fermeture de 32 000 entreprises et à la perte de 90 000 postes de travail.
Ou le patron du Medef raconte n’importe quoi sans s’en rendre compte ou il ment sciemment. Dans les deux cas,  quelle confiance peut-on avoir dans un tel partenaire ?

Du côté des politiques, ce n’est pas mieux. Dans l’opposition, le parti socialiste affirmait dans un tract national « travail le dimanche : un effet nul sur la croissance, une fausse liberté pour les salariés, une décision destructrice d’emplois, un modèle de société inacceptable ».

Arrivés au pouvoir, il libéralise le travail du dimanche en s’appuyant sur une soi-disant étude d’impact concoctée à la va-vite par une poignée d’universitaires à l’échine souple.
«Etude » qui fait l’impasse sur les conséquences sur la vie familiale, la santé des salariés, le volontariat, les coûts induits comme les gardes d’enfant, la désertification des territoires, le commerce de proximité, etc.
Ce document de commande ne fait bien entendu aucune référence aux travaux les plus récents, comme ceux du CREDOC ou de Confersesenti qui chiffrent les destructions d’emplois entrainées par l’ouverture dominicale des grandes surfaces.

C’est le règne du mensonge et de la manipulation par les mêmes qui prennent des airs de vieilles rombières effarouchées quand on aborde la perte de confiance des Français vis-à-vis du monde politique.


cftc.jpg

  • La CFTC est aujourd’hui une des 5 grandes confédérations représentatives en France. Début 2017 cette représentativité sera revue, quand sera-t-il pour le syndicat chrétien ?

Joseph Thouvenel : Il y a 4 ans, lors de la mise en place des nouvelles règles de représentativité les « experts », les « sachants » annonçaient notre disparition. La CFTC ne devait pas franchir la barre des 8% assurant la représentativité nationale, grâce à nos résultats électoraux c’est tout le contraire qui s’est produit, nous sommes sortis confortés par cette mesure d’audience.

Mais la CFTC n’a de sens que si elle reste fidèle au dernier C de chrétien, telle que définie à l’article 1 de ses statuts : « La Confédération se réclame et s’inspire, dans son action, des principes de la morale sociale chrétienne ».

Libre et indépendante, la CFTC si elle sait être fidèle à ses valeurs à un boulevard devant elle, encore faut-il que ceux qui partagent ses convictions s’engagent à nos côtés dans les entreprises et nous soutiennent quand ils le peuvent.

Du 28 novembre au 12 décembre auront lieu les élections TPE pour les personnels des entreprises de moins de 11 salariés et pour les employés à domicile.
Ce sera l’occasion pour ceux qui le souhaitent de concrètement voter pour l’organisation sociale-chrétienne.

Je note que depuis la scission de 1964, nous n’avons jamais eu autant d’adhérents, près de 140 000, chiffre à ne pas comparer avec ceux très « enjolivés » des autres centrales.

Souvent nous sommes qualifiés de syndicat réformiste. Je n’aime pas ce qualificatif, la réforme pour la réforme c’est de l’agitation. Je préfère le terme de constructif.
Nous construisons sur des fondations solides, le travail et parfois le sacrifice des générations qui nous ont précédé.

Ma vision du syndicalisme c’est celle de bâtisseurs de cathédrales humaines où chacun à sa place, l’actionnaire qui finance, le dirigeant, les salariés. Nous participons tous à une œuvre commune, être syndicaliste c’est en être pleinement acteur. C’est être un passeur, prendre l’héritage de nos pères, essayer de l’améliorer pour le transmettre à nos enfants.
C’est une aventure riche et enthousiasmante au service du bien commun.
C’est en ce sens que l’engagement syndical est fortement encouragé par de grandes figures de l’Eglise comme Saint Jean-Paul II. « Le magistère reconnaît le rôle fondamental joué par les syndicats de travailleurs, qui trouvent leur raison d’être dans le droit de ces derniers à former des associations ou des unions pour défendre leurs intérêts vitaux dans les différentes professions » .N’oublions pas que la chute des dictatures communistes en Europe a eu trois grands acteurs, Ronald Reagan, Jean-Paul II et Lech Walesa à la tête du syndicat Solidarnosc. Belle démonstration de l’efficacité de l’outil syndical quand il est bien utilisé.

Au-delà de l’action syndicale proprement dite, vous avez pris la parole devant un million de personnes à la Manif pour Tous, on vous a vu au côté des Veilleurs, vous vous êtes engagé dans la défense des chrétiens d’Orient. Quelles sont vos motivations ?

Joseph Thouvenel : J’ai eu la chance de venir au monde dans un pays magnifique, la France, entouré par des parents exemplaires. Mon père fut un homme exceptionnel, un modèle d’humanité, de courage et de culture. Ayant beaucoup reçu, il m’appartient de donner.

Les différents engagements que vous citez ont tous le même ressort, l’aspiration à l’établissement d’une société juste. Cela passe nécessairement et prioritairement par l’attention et la défense du plus faible. Et qui y a-t-il de plus faible, de plus démuni, qu’un enfant ?
D’où ce combat pour conserver ce principe fondamental de civilisation, assurer le droit inaliénable de chaque enfant à bénéficier de la complémentarité d’un père et d’une mère.

Si les accidents de la vie peuvent priver certains d’entre eux d’un papa ou d’une maman, la loi n’a pas à organiser de façon délibérée une telle déconstruction psychique et sociale.
Si je peux comprendre le désir d’enfant, voir la souffrance de ceux qui n’en ont pas, cela ne justifie en aucun cas ce sommet d’égoïsme consistant pour des adultes à priver sciemment un enfant d’une mère ou d’un père.

Sans parler de l’ignoble commerce qui se développe via la GPA, la gestation par autrui, conséquence directe, logique, inéluctable du mariage pour tous.

L’enfant n’est ni un droit, ni un dû, c’est un don !

Les Veilleurs sont un des beaux fruits de la Manif pour Tous, bien loin du corporatisme libertaire de Nuit Debout. Des jeunes qui font partager culture et réflexions dans les lieux publics, c’est un sourire plein de fraîcheur, c’est un chant d’espérance et d’amour partagé au cœur de nos cités. Comment ne pas y adhérer.

De la même façon, comment ne pas être révolté par le massacre des Chrétiens d’Orient, peut-on rester muet face aux persécutions de nos frères d’outre-méditerranée. Ces femmes, ces enfants réduits en esclavage, chrétiens, yezidis ou musulmans.
C’est à l’ombre des intérêts pétroliers que des abominations quotidiennes sont infligées à des populations martyres, une sorte de crachat journalier de l’Occident à la face de ces malheureux.

Bien sûr, ces combats ne se livrent pas seuls. Nous sommes légions à les mener de différentes façons en fonction de nos talents. Certains par la prière, d’autres par  l’action plus ou moins visible.

Pour ma part, j’ai choisi la voie visible, aidé par une boussole ; la doctrine sociale de l’Eglise ; pas un programme à suivre article par article, mais une référence lumineuse issue de plus de 2000 ans de réflexions et d’expériences nourris par la révélation.

Sans compter le soutien de mon épouse, sans le dévouement et les conseils de laquelle, je ne pourrai apparaître au premier plan.

J’aimerai terminer cet entretien en citant quelques mots que m’avait adressé Pierre SCHOENDOERFFER, cet immense cinéaste et écrivain. Il citait Saint Paul, que j’appelle Paul en tant que protestant me disait-il en riant « Paul dit qu’il y a trois vertus théologales : la foi, l’espérance, et la charité. Je me mets à l’ombre de ce génie pour dire que le plus important c’est l’espérance. Elle implique la foi et la charité, c’est-à-dire l’amour. »