CFTC Paris | Loi travail: les chrétiens en débattent
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Loi travail: les chrétiens en débattent

Loi travail: les chrétiens en débattent

Défendre bec et ongles notre modèle social et nos acquis sociaux est-ce une exception française ?

Absolument pas. Cette pratique est à peu près commune à tous les pays. Mais le problème n’est pas d’avoir des acquis sociaux. Il est de savoir si tel acquis social est adapté au contexte actuel.

La France est-elle toujours dans une vision marxiste des rapports patrons/employés ?

Nous sommes dans des combats idéologiques. Mais la véritable ligne de fracture, à mes yeux, se situe entre ceux qui considèrent l’être humain comme une variable d’ajustement et les autres [acteurs chrétiens et hommes et femmes de bonne volonté, Ndlr], pour quoi l’organisation de la société doit être au service de l’être humain, y compris dans sa dimension spirituelle.

Le marxisme aurait donc disparu ?

Je crois au contraire qu’il est bien présent, mais de façon inattendue. Aujourd’hui, la vision marxiste-au sens de l’organisation d’une société sur des bases économiques- est fortement portée sur une grande partie du patronat (sans confondre chefs d’entreprise et organisations patronales). A la limite, le mouvement marxiste le plus riche de France s’appelle le Medef. N’est-ce pas cette organisation qui pratique le mieux la lutte des classes, en adoptant une vision de la société basée sur l’économie et la loi du plus fort.

Votre syndicat souhaite étendre sa présence auprès des PME et TPE. Pourquoi ?

Les salariés qui ont le plus besoin d’être défendus sont les salariés des petites entreprises. Parce qu’ils ne bénéficient pas des mêmes avantages sociaux que ceux des grandes entreprises, qu’ils ont les salaires les plus bas, et sont parfois dans une précarité plus grande.
    Je trouve aussi plus facile de discuter avec les dirigeants des petites entreprises. Ils sont souvent plus concrets. Quand on parle du monde du travail, avec eux, on parle souvent de la même chose.

Ce dialogue avec les petites entreprises permettrait-il de réinsuffler de la confiance dans les rapports entre syndicats et patronat ?

Si le dialogue avec les patrons des TPE et des PME permet de changer l’esprit général du dialogue social en France, tant mieux.
En Allemagne, les conseils d’administration et de surveillance, sont composés à 50% de syndicalistes nommés par leur organisation syndicale. Ils travaillent avec les autres administrateurs. Et on s’aperçoit que les résultats sont positifs. Pourquoi ne tendrions-nous pas aussi, en France, vers cette association patronat/salariés ?

Pourquoi la France a-t-elle de moins bons résultats que ses voisins en matière d’emploi ?

Notre pays est en compétition avec des gens qui ne respectent pas les mêmes règles que nous en matière fiscale, sociale et environnementale. Par exemple en Allemagne, où les salariés agricoles sont payés 4 euros de l’heure dans les abattoirs. Un tel système casse les hommes et les prix. C’est cela, la supériorité des abattoirs allemands par rapport aux abattoirs français ! Autre exemple aux Pays-Bas, pays qui exporte le plus en matière agricole. Or, chacun verra que la surface de ce pays l’empêche matériellement d’être un très grand exportateur. La réussite hollandaise est d’ordre fiscal.

Comment lutter contre cette concurrence ?

En harmonisant la politique fiscale, sociale et environnementale en Europe. Mais aussi à travers la mise en place d’un label de traçabilité sociale, afin que le consommateur sache si un produit a été fabriqué en respectant les normes fondamentales du droit du travail. Cela ferait pression pour un rééquilibrage de la mondialisation dans le bon sens. Car si les travailleurs des pays émergents vivent dignement de leur salaire, l’emploi se renforce dans nos contrées. La distorsion de concurrence, sur le coût du travail, serait moindre.

A-t-on les moyens de notre politique sociale ?

Il est certain que nous pourrions adopter une meilleure gestion. Prenons l’exemple d’un parlementaire français qui coûte un million d’euros par an à la collectivité. A-t-on besoin de 577 députés à l’Assemblée ? Je le crois d’autant moins que nous avons aussi un parlement à Strasbourg. Quand une partie des tâches a disparu, les entreprises privées ne diminuent-elles pas leurs effectifs ? Ne serions-nous pas aussi tout efficaces pour légiférer, en France, avec deux cents députés de moins ?
Nous pourrions aussi augmenter les recettes grâce à une économie plus performante que favoriserait l’harmonisation des politiques fiscales, sociales et environnementales en Europe.

Vous ne préconisez pas la mise en œuvre de politiques d’austérité ?

Non, car on a vu ce que cela donnait. Le FMI a d’ailleurs courageusement reconnu les effets contre-productifs de telles politiques. Mais l’idéal serait que notre classe politique raisonne au-delà des seules considérations politiques. En son temps, l’Amérique a fait rêver le monde entier avec la conquête spatiale. Nous, qui sommes la deuxième puissance maritime du monde, devrions avoir l’ambition de la conquête des fonds marins. Quitte à y associer les Etats membres de l’Union européenne.

A l’heure du numérique, le salariat a –t-il encore un avenir ?

Oui. Car quand l’entreprise Uber décide unilatéralement de l’augmentation de la somme à reverser pour chaque transport, c’est une nouvelle forme de subordination. Comme l’a d’ailleurs très bien relevé la justice californienne en décidant que toute personne travaillant pour Uber était salariée, et non pas indépendante.

Dans un récent rapport, le Conseil national du numérique s’est dit favorable à un revenu universel de base. Que pensez-vous de cette mesure ?

Donner un revenu à une personne sans qu’elle ait un travail à fournir en contrepartie serait totalement négatif. Dans l’approche chrétienne, travailler, c’est participer à l’œuvre commune. C’est se révéler. On peut très bien avoir affaire à quelqu’un qui se contente de vivoter avec son revenu de base, sans que cela se traduise par une participation à l’œuvre commune.
Par contre, parlons du revenu familial. Que des parents, prennent un temps pour élever leurs enfants, voilà qui est utile à l’ensemble de la société. Voilà qui mérite un revenu de base. Ou bien une revalorisation des allocations familiales. Mais on fait exactement le contraire.

Protéger les familles, c’est donc préserver l’avenir économique du pays ?

Oui, à l’inverse, une certaine organisation de la vie économique permet aussi de préserver les familles. C’est ce que l’on voit à travers la question du travail nocturne et dominical. Or, dans le contexte actuel, où l’on nous parle de flexibilité à outrance, les mêmes qui voient l’être humain comme une variable d’ajustement ne veulent pas non plus du dimanche comme d’un temps préservé pour la famille.