CFTC Paris | Pacte de responsabilité : les syndicats mettent la pression sur Gattaz
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Pacte de responsabilité : les syndicats mettent la pression sur Gattaz

Pacte de responsabilité : les syndicats mettent la pression sur Gattaz

 

 

Le Nouvel Observateur – Publié le 13 février 2014

 

Les syndicats se préparent à la rencontre fixée le 28 février au Medef. Pierre Gattaz joue l’apaisement en évoquant la possibilité d' »engagements chiffrés ».

Ce sera le 28 février. Après quelques ratés à l’allumage, Pierre Gattaz a fixé le rendez-vous attendu par les syndicats pour les premières discussions sur le Pacte de responsabilité. Face à un patron des patrons qui refusait de se prononcer sur des engagements précis, les syndicats commençaient à se poser des questions sur l’avenir du projet : « Ça devient la chronique d’une mort annoncée du pacte de responsabilité », pronostiquait encore, mercredi 12 février, Carole Couvert de la CFE-CGC.

La surprise est tombée du ciel, sortie de l’avion présidentiel qui a conduit la délégation française aux Etats-Unis  – dont fait partie le patron du Medef – entre Washington et San Francisco. Pierre Gattaz a finalement lâché du lest :

Je n’exclus pas des engagements chiffrés qui seraient des objectifs à partager sur la base d’estimations »

A la descente de l’avion, l’entourage de François Hollande ne s’est pas privé d’ironiser : « Quand on fait des déclarations mal comprises, ça conduit toujours à des clarifications ». Le chef de l’Etat y est aussi allé de sa petite pique, se félicitant devant les Français de San Francisco de « l’avantage » d’avoir eu Pierre Gattaz à ses côtés tout au long de sa visite d’Etat aux Etats-Unis.

Les partenaires sociaux reçus au siège parisien du Medef pourront donc aborder la question des contreparties apportées par les entreprises en échange de l’allègement de charges promis par le président de la République.

Attente de clarifications

Avec des syndicats pour le moins dubitatifs. La CGT  a déjà manifesté le 6 février contre le pacte de responsabilité. Thierry Lepaon n’a eu de cesse de tempêter contre un Medef qui refusait « de prendre des engagements chiffrés ». Pour le secrétaire général de la CGT : « Pierre Gattaz est un responsable d’entreprise : il passe ses journées à signer des contrats, à prendre des engagements. Pourquoi ne pourrait-il pas le faire dans le cadre du dialogue social ? »

A la CFE-CGC, Carole Couvert attend désormais des clarifications sur les engagements des chefs d’entreprise :

Chacun doit assumer ses responsabilités, sinon, il ne s’agit plus que d’un chèque en blanc de l’Etat aux entreprises »

Le patronat demande et obtient une baisse des charges pour reconstituer des marges. Les syndicats sont unanimes pour exiger que l’argent dégagé soit destiné à l’investissement et non pas reversé aux actionnaires. Tous attendent des investissements qui permettent de faire évoluer le modèle productif français. A la CFDT, Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe, plaide pour les biotechnologies, le numérique et la transition énergétique : « Ces secteurs peuvent créer des emplois nouveaux et de qualité. Nous ne sommes pas pour un modèle économique low-cost. Si c’est ça, ce sera sans nous. »

Sur cette question des marges, Force Ouvrière se montre plus que sceptique : « C’est vrai que le taux de marges va augmenter. Mais c’est tout. Les entreprises vont refaire de la trésorerie mais pas investir », anticipe Stéphane Lardy, secrétaire confédéral.

Des exonérations au profit de l’emploi

Aucune des cinq organisations syndicale n’a pourtant l’intention de jouer la politique de la chaise vide. Force Ouvrière se rend donc à la réunion du 28 février mais sans illusions.  Pour FO, le pacte de responsabilité est « plombé depuis le début ». « On ira mais on ne s’engagera pas. Personne ne peut imposer à une entreprise d’embaucher », estime Stéphane Lardy.

Thierry Lepaon ira aussi pour « tout mettre sur la table, sur la base des propositions communes établies mi-janvier avec la CFDT, la FSU et l’Unsa : s’assurer que les exonérations aillent toujours au profit de l’emploi. Pour le leader de la CGT, tout le monde trouve normal, moi le premier, que, pour toucher l’assurance chômage, il faut avoir cotisé et prouver qu’on cherche un emploi. Alors pourquoi lorsqu’il s’agit de donner une aide aux entreprises il n’y a personne pour contrôler ? Nous sommes favorables aux aides publiques aux entreprises mais pour celles qui en ont besoin. Il faut redonner tout son sens au mot aide »

Du côté de la CFTC, Philippe Louis temporise en reprenant le terme d' »engagement » avancé par le Medef. La confédération reconnaît la nécessité pour les entreprises de reconstituer des marges pour investir, innover et créer de l’emploi. Philippe Louis prévient : « Il faut trouver le moyen d’avoir des engagements. Nous devons pouvoir vérifier que le pacte porte des fruits. Si ces 30 milliards d’allègements de charges ne donnent rien, il faudra revoir le dispositif », a-t-il expliqué mardi 11 février.

Pour un changement de modèle

Vice-président confédéral de la CFTC, Joseph Thouvenel précise les attentes de son syndicat : « Les négociations doivent se faire par branche. Pour celles qui ne joueront pas le jeu, le gouvernement est là : les règles peuvent changer si elles ne sont pas respectées. »

Une solution à laquelle FO ne croit pas : « Si, de manière générale, les engagements ne sont pas tenus dans une branche alors que certaines de ses entreprises ont joué le jeu, que fait-on ? On punit tout le monde ? » Stéphane Lardy prend l’exemple de l’agroalimentaire où cohabitent de très grosses entreprises comme Danone et des PME de moins de 50 salariés :

C’est tout simplement impossible à contrôler »

Absence d’un montant précis de la baisse des charges, support de cette baisse entre les cotisations et le CICE non défini, absence de périmètre… Les syndicats se montrent de plus en plus dubitatifs quant à l’avenir du pacte de responsabilité. La réunion du 28 février apportera-t-elle les clarifications qu’ils appellent de leurs vœux, une clarification de la méthode et un cadrage des responsabilités des uns et des autres. A la CFDT, Véronique Descaq veut y croire : « Nous verrons bien si les chefs d’entreprise sont prêts à partager l’idée d’un changement de modèle. »

Louis Morice – Le Nouvel Observateur