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Pas de bonne économie sans règle morale

Pas de bonne économie sans règle morale

Chronique de J. THOUVENEL du 04.10.2016 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

usine_chinoise_delocalisee_en_ethiopie1Louis Daufresne : L’on vous a récemment remis un document définissant les critères d’efficacité de l’économie marchande.

Joseph Thouvenel : Absolument Louis, je cite : « Le prix de vente du bien ou du service, les quantités produites pour ce prix, permettent de rémunérer les différents actifs ayant permis cette production ».

C’est précis et semble évident.

Se pose tout de même une question : «  comment se fait-il que notre économie dysfonctionne, alors que théoriquement nous vivons en appliquant ces idées simples et saines ? »

Tout simplement parce que beaucoup préfèrent la cupidité plutôt que le respect de quelques principes essentiels.

Quand je dis beaucoup, cela vise entreprises comme particuliers, tous ceux qui pratiquent ce que je qualifie de véritable dérèglement économique.

Louis Daufresne : Très concrètement Joseph, pouvez-vous nous donner un exemple d’un de ces dérèglement économique ?

Joseph Thouvenel : Et bien Louis, prenons une paire de chaussures de sport fabriquée dans le Sud-Est asiatique, vendue 100€ en magasin en France. La part revenant à la main d’œuvre est de moins de 2€70. Vous vous rendez compte Louis pas même 3€ pour ceux qui triment durement, souvent dans des conditions effroyables. Où est la reconnaissance de la valeur travail ?

Nous sommes loin du juste salaire tel que théorisé par Saint Thomas d’Aquin au XIIe siècle. Nous sommes au cœur de l’exploitation éhontée des populations les plus pauvres. Pour le reste, ce sont principalement les marges des uns et des autres, le coût des campagnes publicitaires. Et dans une moindre mesure, différentes taxes.

Louis Daufresne : Il ne faut pas oublier le transport et les matières premières.

Joseph Thouvenel : Vous avez raison Louis, mais cela reste marginal, le transport c’est moins de 1€, la part des matières premières moins de 10€, reste donc plus de 86€. Il y a moyen de mieux rémunérer les salariés sans que cela ne ruine intermédiaires et actionnaires. Il s’agit juste de réaliser un meilleur partage des profits.

Mieux rétribuer le travail, c’est lui donner de la valeur tout en rentrant dans un cercle vertueux. Un salaire décent est à la fois un acte de justice sociale et d’équilibre économique. Nous avons tout intérêt à rééquilibrer la mondialisation en exigeant le respect des droits fondamentaux des salariés, évitant ainsi une concurrence déloyale qui fragilise nos économies sans faire disparaitre la pauvreté.

Comme le demande le Pape François.

N’oublions pas la morale de cette fable d’Esope : « Lorsqu’on cherche par cupidité à avoir plus que l’on n’a, on perd même ce que ce l’on possède ».

C’est ce qui est en train d’arriver à l’Occident, les profits exagérés de quelques-uns et la recherche systématique du prix le moins élevé nous tire en permanence vers le bas.

Louis Daufresne : Pour vous cette chute est inexorable ?

Joseph Thouvenel : Pas du tout, rien n’est jamais écrit, c’est la volonté, la lâcheté ou l’indifférence des hommes et des femmes qui font et feront l’histoire, y compris économique.

Ce qui est quand même gage d’espoir. A nous de retrousser nos manches.

Dans le cas présent, au consommateur que nous sommes d’être un peu plus vigilant, voire exigeant concernant le respect des droits fondamentaux des salariés, fussent-ils du bout du monde.