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Patronat: le grand bon en arrière du numérique

Patronat: le grand bon en arrière du numérique

 

Chronique de J. THOUVENEL du 22.03.2016 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c'est bien ! L'écouter, c'est encore mieux !

universite_du_numerique_medef.jpgBonjour à toutes et à tous,

Je n’ai rien mais vraiment rien contre les chefs d’entreprises, je n’ai aucune attirance pour la lutte des classes, j’explique dans les formations syndicales que je ne sais quel métier exerceront mes enfants et que si l’un d’eux crée son entreprise ou en dirige une, ce n’est pas pour cela qu’il deviendra un adversaire, un ennemi.

Chaque profession à sa noblesse, assumer des responsabilités en entreprise comme ailleurs, est d’abord une charge qui génère nombre de devoirs et non un long fleuve tranquille.

Cela dit, les patrons ne sont pas toujours, loin de là, de belles figures admirables, modèles d’intelligence, de courage, de probité et d’humanité. Chez eux comme dans toute catégorie sociale, il y a des gens très bien et d’autres peu recommandables. Ce qui m’inquiète ce sont les idées défendues et répandues par certains dirigeants du MEDEF.

J’ai participé il y a quelques jours à une table ronde organisée par le mouvement patronal. Pour vanter les mérites des nouvelles technologies, Thibault LANXADE président du pôle entreprenariat et croissance du MEDEF  a pris l’exemple suivant : aux Etats-Unis, la société Coca-Cola a lancé une application indiquant quand et où un camion vient livrer du coca. Si c’est près de chez vous, vous vous précipitez et si vous êtes le premier arrivé, vous déchargez le camion contre rémunération. Pour Monsieur LANXADE, nous sommes au cœur du progrès numérique, une telle application est un outil génial pour les entreprises.
Quand je lui fis remarquer qu’en fait de modernité, cela ressemblait étrangement, l’électricité et l’électronique en plus, à la pratique des années 20 qui consistait sur les ports américains à sonner une cloche quand une cargaison était à décharger, la foule des chômeurs se précipitant pour tenter de gagner de quoi survivre, sa réponse fut de célébrer le modèle Anglais du contrat 0 heure. Le contrat 0 heure est un contrat de travail où l’engagement du patron est de faire travailler son subordonné quand il en a besoin. Une semaine vous pouvez être employé 52 heures et la suivante 0 heure d’où le nom du contrat.

L’heureux bénéficiaire d’un tel arrangement est bien évidemment rémunéré en fonction des seules heures effectuées. Comment peut-on être ordinairement intelligent, normalement cultivé, titulaire d’un master de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris et proposer comme modèle ce gouffre à précarité ?

Comment ne pas envisager les conséquences sur la vie familiale, personnelle, associative ? Comment ne pas discerner l’impact pour le pays ?

La précarisation du salariat, l’instabilité des revenus d’une frange toujours plus grande de la population sont des éléments destructeurs d’une société. Comment trouver une location, obtenir un prêt quand la garantie de revenu que l’on peut apporter est un contrat 0 heure ?

Ce type de raisonnement, ce schéma économique, l’histoire l’a déjà connu, c’est sur le terreau des injustices qui en furent les conséquences qu’on put prospérer le National-Socialisme et le Communisme.

S’ils n’ont pas de cœur, ils pourraient au moins avoir un minimum de raison.

A la semaine prochaine