CFTC Paris | Chronique de Joseph Thouvenel: Plongeon dans notre histoire sociale
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Chronique de Joseph Thouvenel: Plongeon dans notre histoire sociale

Chronique de Joseph Thouvenel: Plongeon dans notre histoire sociale

Chronique de Joseph THOUVENEL du 02 mai 2017 sur Radio Notre Dame (100.7)

Louis Daufresne : Aujourd’hui, vous nous faite faire un plongeon dans notre histoire sociale.

Joseph Thouvenel : Et oui, sous forme d’un petit saut en arrière dans notre passé syndical chrétien si méconnu, voire si déformé.

1791- La loi Le Chapelier est promulguée. Portée par un brave bourgeois, elle proscrira les organisations ouvrières, les corporations de métiers, les rassemblements paysans et ouvriers.

Ce texte suivit par le décret d’Allarde interdit de fait les syndicats et les grèves. Il fallut attendre le Second Empire pour que soit supprimé le délit dit de « coalition » et la 3e République pour que soient autorisés les syndicats.

Et encore, malgré les demandes insistantes d’Albert de Mun, ce grand parlementaire social-chrétien, les syndicats furent autorisés mais sans que ne leur soit reconnu la personnalité morale, ce qui leur interdisait par exemple, d’avoir des locaux, de recevoir des dons ou d’organiser comme ils le souhaitaient des caisses contre le chômage, la pauvreté, la maladie ou la vieillesse.

Louis Daufresne : On les autorise, donc, les syndicats mais on ne donne pas les moyens de fonctionner.  Alors comment ont-ils fait pour se développer ?

Joseph Thouvenel : Et bien en mettant l’imagination au pouvoir. En créant des associations mixtes réunissant patrons et ouvriers ou en s’appuyant sur des structures déjà existantes comme les Frères des Ecoles Chrétiennes.

Dès 1883, le frère Hiéron fonde un comité de placement qui servira d’incubateur au développement de syndicats chrétiens comme celui du commerce et de l’industrie qui vit le jour en mai 1887, il y a exactement 130 ans. La même année, d’anciens élèves des Frères des Ecoles Chrétiennes fondent le syndicat des employés du commerce et de l’industrie.

Nous avons des leçons à tirer de l’expérience réussie de nos grands anciens.

Ils affirmaient clairement leurs valeurs, choisirent Saint-Michel comme Saint-Patron, tout en affirmant également leur indépendance face à des tendances que l’on pourrait qualifier de « paternalistes » venant d’une partie de l’épiscopat.

Ils déclinèrent poliment et fermement la proposition d’un « comité protecteur » qui serait composé « de frères, d’ecclésiastiques et de laïques dévoués aux employés ».

En 1891, la publication de l’encyclique « Rerum Novarum » qui stigmatisait notamment « la situation d’infortune et de misère imméritée » de la plupart des travailleurs fut un véritable booster pour le syndicalisme chrétien.

Face à ceux pour qui le syndicalisme n’était qu’un outil de contestation et de revendication révolutionnaire, ils développèrent services et formations. En particulier des services de placement qui rencontrèrent un véritable succès.

Pour un responsable de l’époque, cette réussite venait « des sérieuses garanties morales présentées par les adhérents » et de la valeur professionnelle qu’ils ont acquise grâce au syndicat.

L’effort fut considérable, des cours professionnels furent organisés dans des matières aussi différentes que les mathématiques financières, la banque, la bourse, le droit commercial, fiscal, social, l’économie politique, les langues étrangères notamment.

Dans le même temps, est fondée une société coopérative, organisant des achats en commun (charbon, vin, pommes de terre etc.).

30 ans avant les congés payés, ce sont 8400  journées à 3 francs 25 qui étaient réservées à l’hôtel Continental d’Orival par la commission de villégiature du syndicat chrétien.

Ces quelques exemples nous montrent que rien n’est impossible et devraient nous inciter à revenir aux fondamentaux de l’action syndicale.

Comme le disait Jules ZIRNHELD,  premier Président de la CFTC, « il y a tant de belles et bonnes choses à faire et si peu de dévouement qu’il faut bien donner un peu plus qu’il ne faut ».