CFTC Paris | Pour une traçabilité sociale
611
post-template-default,single,single-post,postid-611,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-theme-ver-10.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.12.1,vc_responsive

Pour une traçabilité sociale

Pour une traçabilité sociale

Interview de JOSEPH THOUVENEL, secrétaire général adjoint de la CFTC.

Par LUC PEILLON

«Nous sommes partis d’un constat simple : la différence de coût de fabrication entre deux entreprises sur le marché mondial dépend désormais, et avant tout, du respect ou non des droits fondamentaux du travail. Une concurrence sociale « garantie » par l’OMC, qui interdit les clauses intégrant les normes du Bureau international du travail (BIT) dans ses règles de fonctionnement. Dès lors, la seule façon d’agir, c’est d’introduire le consommateur dans le jeu. Nous pensons qu’il est mûr, mais reste dépourvu d’informations sur les conditions dans lesquelles ont été réalisés les produits qu’il achète. Nous proposons ainsi de mettre en place un label certifiant le respect, par l’entreprise productrice, des conditions sociales de fabrication et de distribution d’un bien.

«Des règles assez simples – celles du BIT – qui proscrivent le travail des enfants et des prisonniers politiques, et qui exigent un salaire minimum, un système de protection sociale et le respect de la liberté syndicale. Alors certes, ce système exclura la Chine, du moins dans un premier temps. Mais si le jeu mondial est désormais commun, les règles du jeu doivent l’être aussi. La variable d’ajustement ne peut plus être celle du plus pauvre et du plus faible. Je note d’ailleurs que dans plusieurs pays en développement, comme le Togo, le patronat local est lui aussi pour ce type de label. Pour une raison simple : au sein même de leur pays, ils sont en concurrence avec des entreprises situées dans des zones franches.

«Concrètement, le label pourrait être délivré par une organisation regroupant les syndicats, le patronat et des ONG, sur la base d’un cahier des charges. La traçabilité sociale serait assurée par les organisations syndicales des pays de production, ce qui permettrait également de revaloriser leur rôle. Côté consommateur, je pense qu’il est prêt, pour quelques euros de plus, à soutenir une telle démarche. Même si les plus pauvres continueront à acheter les produits les moins chers. Mais si ceux qui ont les moyens le font, ils créeront de fait un vrai marché, que les entreprises voudront investir. Cette initiative pourrait être idéalement lancée pendant la période de Noël, accompagnée du message suivant : « Le bonheur de vos enfants ne doit pas faire le malheur des autres. » Avec, comme objectif, d’étendre ensuite le dispositif à l’ensemble des biens de consommation.»