CFTC Paris | QUEL TRAVAIL!
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QUEL TRAVAIL!

QUEL TRAVAIL!

FIGAROVOX. – Limite consacre son quatrième numéro au travail. Pourquoi avoir choisi ce thème?

Gauthier BÈS. – Nous avons choisi d’explorer le sens du travail dans le dossier central pour une raison très simple: il semble que le travail (pré)occupe tout le monde sans satisfaire personne.

Dès qu’on réfléchit aux enjeux de la vie en société, dans des écosystèmes dont nous dépendons, la question du travail se pose. De l’élève qu’on cherche à «orienter» au retraité qui s’ennuie, du chômeur de longue-durée qui s’isole au petit patron qui s’épuise, de l’actionnaire qui jouit du travail des autres à l’ouvrier qu’on licencie, du clandestin qu’on exploite dans une arrière-cuisine à l’étudiant qui enchaîne les stages non-rémunérés, de la personne handicapée qu’on discrimine à la mère célibataire qui travaille de nuit, en passant, heureusement, par tous ceux que leur travail passionne, tout le monde est concerné.

Alors que le travail capte l’essentiel de notre énergie, nous n’avons souvent qu’une hâte, c’est le quitter pour faire autre chose.

Objet d’innombrables paradoxes, le travail reste le premier sujet de conversation, comme le premier sujet de plainte. Alors qu’il capte l’essentiel de notre énergie, nous n’avons souvent qu’une hâte, c’est le quitter pour faire autre chose: vivement dimanche, vivement la retraite! Soupirent beaucoup d’entre nous. Les «profs» qu’on décrit comme «ultra-privilégiés» se plaignent sans cesse de leurs conditions de travail, tandis que des travailleurs dont le métier semble éreintant témoignent de leur enthousiasme. Exigence matérielle fondamentale – il faut bien gagner son pain – le travail est tantôt présenté comme un mal nécessaire, tantôt comme une source d’épanouissement, au point qu’on ne sait plus très bien si l’on est censé vivre pour travailler ou travailler pour vivre.

En réfléchissant à ces questions cruciales, il nous est apparu que, comme souvent, l’une des causes du malaise général lié au travail était d’ordre sémantique. Il y a en effet, autour de la notion de travail, un gigantesque malentendu, dû à un problème de définition, c’est-à-dire de délimitation. Nous avons du travail une conception à la fois vague et réductrice. Vague, parce qu’entremêlant des notions aussi contradictoires qu’émancipation ou aliénation, indépendance ou contrainte. Réductrice, parce qu’enfermant la chose dans un dispositif exclusivement marchand.

Ci-joint l’article