CFTC Paris | Recomposition syndicale mondiale
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Recomposition syndicale mondiale

Recomposition syndicale mondiale

La mondialisation du syndicalisme a fait son big bang à Vienne. L’événement qui s’est produit le 1er novembre dans la capitale autrichienne est inédit. Le syndicalisme international a réuni un congrès qui constitue la plus grande réunion syndicale de tous les temps. Plus de 330 organisations, venues de tous les continents et revendiquant 167 millions de syndiqués, ont créé la Confédération syndicale internationale (CSI). Alors que la faiblesse du syndicalisme est planétaire – le taux de syndicalisation au niveau mondial tourne autour de 10 % -, le but est de redonner force et visibilité à une internationale syndicale pour lui permettre de parler d’égale à égale avec les multinationales et les organisations internationales de « régulation ».

A l’heure où les organisations non gouvernementales (ONG) tentent de se faire entendre dans le concert international, notamment auprès du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il s’agit de « faire du syndicalisme la première ONG de la planète », selon la formule d’Emilio Gabaglio, un syndicaliste italien qui a activement oeuvré à la réalisation de ce projet depuis qu’il a quitté le secrétariat général de la Confédération européenne des syndicats (CES). Vienne sera ainsi le point de départ d’un long processus de reconstruction d’un syndicalisme international qui, depuis l’origine, a été ballotté, quand il n’a pas été pris en otage, par les soubresauts et les crises du monde.

Dans l’euphorie de la Libération, au lendemain de la seconde guerre mondiale, le syndicalisme international avait tenté de s’unifier. En 1945, les pays alliés – Etats-Unis, URSS, Grande-Bretagne, France – essaient de transposer, sur le plan syndical, les principes de la Charte des Nations unies. Un congrès mondial est convoqué du 6 au 17 février 1945 à Londres. Les syndicats britanniques, américains, soviétiques et français créent la Fédération syndicale mondiale (FSM), qui regroupe 53 confédérations représentant 60 millions de syndiqués. La fête est déjà ternie par le refus de la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC), née en 1920 à La Haye, de se fondre dans la nouvelle FSM.

Très vite, le rêve d’union mondiale se brise. La montée de la confrontation entre l’Est et l’Ouest, l’attitude face au plan Marshall avivent les divergences. La guerre froide décompose la FSM. En 1949, à l’initiative des syndicats britanniques (TUC), suivis par les syndicats américains et, en France, par Force ouvrière, qui vient de se séparer de la CGT, c’est la scission.

La même année, les « scissionnistes » créent la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). La FSM se mue en internationale communiste, dominée par les Soviétiques. Et la CISL veut symboliser le syndicalisme libre et anticommuniste, ce qui l’amène à nouer des relations privilégiées avec l’Internationale socialiste. Le clivage Est-Ouest est aussi syndical.

Le syndicalisme mondial rêvait d’unité et le voilà éclaté en trois pôles. Aux côtés de la FSM et de la CISL, l’internationale chrétienne défend son pré carré, notamment en Amérique latine. En 1969, elle se déconfessionnalise et se transforme en Confédération mondiale du travail (CMT). La rivalité entre les trois internationales bat son plein. Dans le concert planétaire, elles peinent à se faire entendre, hormis à l’Organisation internationale du travail (OIT).

En 1989, la chute du mur de Berlin, bientôt suivie de l’éclatement de l’empire soviétique, impose brutalement une recomposition. Privée de la présence des syndicats d’URSS et d’Europe de l’Est, qui se convertissent en syndicats « libres » et rejoignent la CISL ou la CMT, la FSM se mue en coquille (quasiment) vide. La CGT, après avoir tenté de la réformer de l’intérieur, se résout à la quitter, en 1994. Dix ans après avoir claqué la porte de la CMT, la CFDT adhère, en 1989, à la CISL. Cette dernière monte numériquement en puissance mais reste inaudible.

Conscientes que le seul moyen de redonner vie au syndicalisme international c’est de le réunifier, la CISL et la CMT fondent, en 2000, un « forum permanent » de coopération. Le processus unitaire commence. En 2004, le Britannique Guy Ryder, secrétaire général de la CISL, et le Belge Willy Thys, secrétaire général de la CMT, écartent toute fusion, qui se serait traduite par l’absorption de la seconde. Le 31 octobre, à Vienne, la CISL et la CMT vont s’autodissoudre.

Le lendemain, elles fonderont ensemble, avec huit organisations jusqu’alors non affiliées internationalement, comme la CGT, la CSI, qui « se veut unitaire et pluraliste » et « ouverte aux centrales syndicales démocratiques, indépendantes et représentatives, dans le respect de leur autonomie et de la diversité de leurs sources d’inspiration et de leurs formes d’organisation ».

La Chine reste à l’écart. Mais d’autres pays, comme le Pérou et le Portugal, devraient rejoindre une CSI qui ambitionne de « transformer les structures et les relations sociales ». M. Ryder sera élu secrétaire général, une Australienne, Sharon Burrow, venant aussi de la CISL, prendra la présidence. Et le congrès de Vienne posera, comme premier acte, l’organisation d’une « journée d’action mondiale afin de réclamer une action internationale immédiate pour formuler et mettre en oeuvre l’agenda d’une nouvelle mondialisation ». Mondialisation du travail contre… mondialisation du capital.

Michel Noblecourt