CFTC Paris | Refonte du SMIC : trois clefs pour comprendre le projet
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Refonte du SMIC : trois clefs pour comprendre le projet

Refonte du SMIC : trois clefs pour comprendre le projet

Publié sur Le Parisien.fr du  11 juillet 2012

 

Quel avenir pour le salaire minimum ? Le Premier ministre a annoncé mardi qu’une concertation sur le smic sera lancée dès l’automne. L’objectif est de présenter au Parlement un projet de loi avant la fin de l’année. Avec une question : faut-il indexer pour partie le salaire minimum sur la croissance comme l’avait promis François Hollande lors de la campagne présidentielle ? L’idée soulève quelques interrogations, dont celle de l’évolution du smic lorsque la croissance est en panne.

 

En question également l’impact d’une revalorisation du salaire minimum sur l’emploi.

Les ministres plancheront sur cette refonte sous l’oeil vigilant des syndicats. Quant au groupe d’experts nommé en 2009 par François Fillon pour formuler un avis sur l’évolution du smic son avenir est incertain. Les économistes qui le composent avaient recommandé de ne pas donner un coup de pouce cette année par crainte de pénaliser l’emploi. Ils n’ont pas été écoutés.

Quelques clefs pour comprendre les débats.


1. Comment le smic est calculé aujourd’hui ?

9,40 euros bruts par heure. C’est le montant du salaire minimum depuis le mini-coup de pouce du gouvernement Ayrault décidé il y a quelques semaines. Instauré en janvier 1970, le smic a un double rôle : il doit garantir le pouvoir d’achat (et pour cela, est indexé sur l’inflation) et permettre aux salariés de profiter des «fruits du progrès», comme l’explique le Premier ministre de l’époque Jacques Chaban-Delmas. Pour cette raison, le salaire minimum ne doit pas décrocher du salaire moyen, en réalité un objet statistique “un peu désuet”, selon plusieurs économistes : le salaire horaire de base ouvrier (SHBO).


2. Pourquoi indexer le smic en partie sur la croissance ?

Pour beaucoup d’experts, le smic a vécu. Son mode de calcul a plus de quarante ans. Il remonte à une époque où prix et gains de productivité augmentaient de concert. Aujourd’hui, avec les yoyos du pétrole et son impact sur les prix, le salaire minimum croît plus rapidement que le salaire moyen. Avec une conséquence : un tassement de l’échelle des salaires. En clair, de plus en plus de gens sont au smic et y restent. Le gouvernement souhaite rafraîchir la formule et, comme Jacques Chaban-Delmas en son temps, associer en partie l’évolution du salaire minimum à l’évolution de la richesse du pays. Pendant la campagne, François Hollande parlait d’un «rattrapage», mais les syndicats s’interrogent : que se passera-t-il si la croissance n’est pas au rendez-vous ? Gilbert Cette, membre du groupe d’experts mandaté par François Fillon, relève d’ailleurs : «Les chiffres de la croissance sont révisés parfois deux à trois ans plus tard. Sur quelles données va-t-on se baser ?»

3. Ce que défendent les partenaires sociaux


La volonté de réformer le smic est louée «par la majorité des partenaires sociaux», selon Joseph Joseph Thouvenel, de la CFTC, qui a participé aux réunions de la conférence sociale. Mais le chemin est semé d’embûches et tout le monde arrive bardé d’idées et de calculs.


Pour la CGT, un smic uniquement basé sur la croissance serait aujourd’hui de 200 euros moins élevés si cette formule avait été appliquée depuis 20 ans. Pascal Debay, son représentant, prévient : «On peut discuter d’une dose d’indexation sur la croissance, mais il est bien sûr hors de question qu’en cas de croissance négative, le smic en pâtisse». Un motif de satisfaction toutefois : «On n’entend plus parler d’un smic par branche, régional ou d’un smic jeune. Ce qu’évoquait le patronat».

Même prudence chez FO. Marie-Alice Medeuf-Andrieu, elle aussi présente lors des discussions : «Ca ne peut être qu’un plus, lorsque la croissance est en hausse». Le syndicat préfère mettre en avant une modification du panier de l’Insee, qui sert de mesure de l’inflation, pour mieux coller aux dépenses des ménages.


La CFTC souhaite que se façonne une vision à long terme avec l’idée d’un «revenu universel de dignité», qui prendrait en compte le smic, mais aussi les allocations et les exonérations d’impôts pour les familles. «Nous avons calculé qu’on doit atteindre 3300 euros par mois pour une famille avec deux enfants», détaille Joseph Thouvenel. Le syndicat espère également que le gouvernement s’intéressera aux allègements de charges sur les salaires proches du salaire minimum. «Le but de ces exonérations est de ne pas pénaliser la compétitivité des entreprises. Mais pour certains, comme Carrefour, le risque de délocalisation est faible. Il y a peut-être là un effet d’aubaine à corriger».

Fin mai, François Chérèque (CFDT) expliquait :«Le vrai problème, c’est qu’il y a trop de salariés au smic et qui le restent toute leur vie». Le secrétaire général demandait à ce que le gouvernement «réétudie l’utilisation des 30 milliards d’aides aux entreprises sur les bas salaires» pour «aider les entreprises qui permettent à leurs salariés de sortir de la zone du smic». Laurence Laigo, qui était présente lors des discussions sur l’avenir du smic, souligne qu’environ 20% des smicards le sont depuis plus de dix ans.


Le Medef évoque des «propositions, des pistes» et préfère attendre l’avancée des travaux pour se prononcer.

LeParisien.fr