CFTC Paris | Riffifi à la Pentecôte
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Riffifi à la Pentecôte

Riffifi à la Pentecôte

Travaillé ou chômé, le lundi de Pentecôte s'annonce perturbé

LE MONDE | 22.05.06 | 13h55 

Comme en 2005, de nombreux salariés travailleront le lundi de Pentecôte, qui tombe le 5 juin. Mais, cette année, les établissements scolaires seront fermés aux élèves ce jour-là pour cause de "travail pédagogique". En outre, la deuxième édition de la journée de solidarité, instaurée par le gouvernement Raffarin à la suite de la canicule de l'été 2003 qui fit 15 000 morts, est déjà marquée par un appel à la grève de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).
 
"Estimant qu'un travail sans rémunération correspond au travail "obligatoire" ou "forcé"", la CFTC a lancé son mot d'ordre pour le lundi de Pentecôte mais aussi pour le jeudi de l'Ascension, le 25 mai. Elle a également porté l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme.

Pourtant, à la différence de ce qui s'est passé en 2005, le mécanisme de cette journée de solidarité, créée pour financer "la politique de prise en charge de la dépendance et du handicap", a été assoupli, et le lundi de Pentecôte ne devrait être travaillé que dans un peu plus de la moitié des entreprises. Selon un sondage réalisé par l'Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel (ANDCP), auprès de ses 4 500 adhérents – 570 réponses depuis le 27 avril -, le lundi de Pentecôte sera travaillé dans 56 % des cas, un résultat obtenu après négociations dans 60 % des entreprises ayant répondu à l'enquête. Dans les 44 % d'entreprises qui ne fonctionneront pas le 5 juin, 87 % des salariés sacrifient une journée de réduction du temps de travail (RTT), un "choix" opéré "à l'initiative de l'employeur", et 13 % se sont vu accorder un jour de congé par leur entreprise.

Dans l'éducation nationale, décision a été prise de laisser le choix dans chaque académie de deux demi-journées de "travail pédagogique", c'est-à-dire sans les élèves. Ce choix risque de pénaliser les familles dont les parents travaillent et qui devront trouver un mode de garde ou poser un jour de congé pour rester avec leurs enfants.

DEUX MILLIARDS D'EUROS

Le ministère de la santé, qui s'occupe de la dépendance des personnes âgées et des personnes handicapées, fait remarquer qu'en permettant le libre choix de cette journée, on en revient à "l'esprit de la loi" du 30 juin 2004, qui prévoyait que le lundi de Pentecôte serait choisi "par défaut". Ainsi précise-t-on au cabinet du ministre délégué à la Sécurité sociale, Philippe Bas, qu'"au ministère de la santé les syndicats ont préféré à l'unanimité supprimer un jour de RTT".

L'employeur est tenu de verser l'équivalent de 7 heures de salaire, par employé et par an, à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Ce dispositif, calculé sur la base d'une cotisation patronale de 0,3 % de la masse salariale, a permis de rassembler 2 milliards d'euros, répartis à raison de 800 millions pour les personnes handicapées et 1,2 milliard pour les personnes âgées.

Une circulaire du 22 novembre 2005 a permis, dans le secteur privé, de "scinder la journée en heures", à condition d'arriver aux 7 heures prévues.

Le gouvernement Villepin veut éviter les désordres du 16 mai 2005 : une Pentecôte avec des grèves d'enseignants, des transports perturbés – la SNCF ayant maintenu le lundi férié avec l'annonce "d'1,52 minute" travaillée en plus par jour -, et une grogne généralisée qui, à deux semaines du référendum du 29 mai sur le traité constitutionnel européen, eut un effet désastreux.

Comme d'autres syndicats l'avaient fait en 2005, la CFTC dénonce aussi le caractère injuste du financement d'une solidarité nationale qui, dit-elle, "ne repose quasi exclusivement que sur les salariés – les professions libérales, les commerçants, les artisans, les parlementaires et les rentiers en étant exonérés".

Rémi Barroux – Article paru dans l'édition du 23.05.06