CFTC Paris | Travail du dimanche – Dépêche AFP
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Travail du dimanche – Dépêche AFP

Travail du dimanche – Dépêche AFP

PARIS, 14 déc 2012 (AFP) – Travailler le dimanche ou de nuit: incontournable aujourd’hui selon les uns, inacceptable selon les autres… Sur fond de réglementation alambiquée, les contentieux prolifèrent dans le commerce, ravivant le débat sur ce choix de société.

Les syndicats en font une question de principe, à l’instar du numéro un de FO Jean-Claude Mailly, pour qui « si on commence à déroger partout, (…) alors on dérégule complètement une société ». Les entreprises, elles, mettent en avant l’emploi, n’hésitant pas à lancer des campagnes tous azimuts, comme l’ont fait Sephora ou Bricorama récemment.

Le travail de nuit est en principe exceptionnel et le repos hebdomadaire doit théoriquement être accordé le dimanche, mais dérogations et aménagements fourmillent, quand les entreprises ne font pas tout bonnement fi de la loi.

Quelque 3,5 millions de salariés travaillent de nuit et 6,5 millions le dimanche: surtout dans la sécurité et la santé, mais aussi dans le commerce.

La loi Mallié du 10 août 2009 a élargi les possibilités d’ouverture le dimanche.

Pour M. Mailly, cette loi « est un foutoir sans nom ».

« La dérogation existe (…) mais ce n’est pas indispensable non plus d’ouvrir partout la nuit ou le dimanche. Dans quelle société veut on vivre? », s’est-il interrogé récemment.

« Quand mon texte est arrivé, on m’a traité de tous les noms: d’esclavagiste qui voulait faire travailler toute la France tous les dimanches. Cela n’a jamais été le cas », affirme à l’AFP Richard Mallié, ex-député UMP.

S’il reconnaît que la situation est « compliquée », car les mesures protectrices (repos compensateur, volontariat, majoration salariale) ne s’appliquent pas partout, il pense que « le gouvernement est un peu embêté » sur le sujet.

Le ministre du Travail, Michel Sapin, a de fait indiqué début décembre qu’il ne comptait pas modifier la loi.

Une logique du XIXe siècle

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Le phénomène se cristallise à Paris, où l’intersyndicale du commerce (CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD et CGC) a plusieurs fois obtenu gain de cause en justice sur le dimanche et les nocturnes (BHV, Galeries Lafayette, Franprix, Casino…).

Pour le vice-président de la CFTC, Joseph Thouvenel, c’est notamment parce que les grandes enseignes qui « font de très grosses pressions » s’y concentrent et parce que la province a mieux saisi le risque pour le petit commerce.

Reste que parfois, les positions syndicales se heurtent à la volonté des salariés. Certains ont manifesté pour le travail dominical, comme chez Castorama et Bricorama.

Si ces employés disent y trouver leur compte, d’autres affirment ne pas vraiment avoir le choix, comme cette caissière d’un Monoprix des Hauts-de-Seine qui lâche: « on a beau être payés double, j’aimerais mieux être libre ». Ou ce libraire chez Virgin qui savait dès l’embauche qu’il travaillerait de nuit, mais indique: « si je n’avais pas accepté leurs conditions, je n’aurais pas été pris ».

M. Thouvenel rappelle que le contrat de travail est « un contrat de subordination ».

« Des gens peuvent être d’accord pour travailler le dimanche comme des parents étaient d’accord pour que leurs enfants travaillent dans les mines. Nous pensons qu’avoir supprimé le travail dans les mines, ça s’appelle un progrès », dit-il, évoquant « une logique du XIXe siècle ».

« Comment font les parents qui travaillent tard le soir ou le dimanche pour s’occuper des devoirs de leurs enfants? (…) On sacrifie ces générations sur le Dieu-fric », clame le syndicaliste.

En avril 2011, l‘Organisation internationale du travail (OIT) a épinglé la France sur le dimanche, estimant que la hausse des dérogations obéissait à des « préoccupations économiques » sans prendre en compte l' »impact » social.

Huit mois après, le Sénat a adopté une proposition de loi communiste visant à limiter ces dérogations. Le texte attend toujours d’être examiné à l’Assemblée.