CFTC Paris | « Un jour qui doit échapper à la pression de la consommation »
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« Un jour qui doit échapper à la pression de la consommation »

« Un jour qui doit échapper à la pression de la consommation »

LE TEMPS DE LA LECTURE, DE LA PROMENADE, DU SILENCE, DU RÊVE…


Je suis le dernier d’une famille très nombreuse et je garde un souvenir particulier des dimanches. Quand il y a sept enfants, il y a toujours du mouvement. Nous avions nos activités scoutes. Et à table, il y avait toujours des étudiants, des voyageurs, qui cherchaient un point de chute près de Paris et que nous envoyaient les réseaux cathos.

Et puis, mon père était médecin, du genre à ne pas oublier son serment d’Hippocrate. Alors quand un patient ou une communauté religieuse l’appelait, il ne refusait jamais de soigner, même le dimanche.

Dans ma petite famille à moi, le dimanche, nous avons un repas en famille ou avec des amis. La journée se déroule simplement, ça bouscule le rythme de la semaine, c’est très bien. Ça permet de lire, de discuter, de bricoler. J’ai la chance d’avoir un bout de jardin, je vais y couper trois fleurs.

Le dimanche, c’est ça pour moi, c’est prendre le temps, le temps de la lecture, le temps de la promenade, le temps du silence, le temps du rêve, de l’imagination, voire le temps de ne rien faire, pourquoi pas ? Ça participe à l’équilibre d’une personne.

Malheureusement, vu la somme des devoirs qu’ont mes enfants, l’éducation nationale s’est invitée dans nos dimanches ! Ma femme fait le français, je fais les maths, je suis en ce moment en train de refaire ma quatrième ! Je suis effaré de tout ce qu’on donne comme leçons maintenant aux gamins…

 

LA SOCIÉTÉ DEVRAIT GARANTIR À TOUS CES MOMENTS-LÀ.


Je me demande d’ailleurs comment font les mères qui élèvent seules leurs enfants et sont obligées de travailler le dimanche. Je vois à quel point, avec mes garçons, c’est primordial d’avoir des jours comme ça pour passer du temps avec eux. C’est essentiel pour leur construction, pour notre bonheur. La société devrait garantir à tous ces moments-là.

C’est d’ailleurs le sens de mon combat syndical, à la CFTC, contre l’extension du travail le dimanche et contre le lundi de pentecôte travaillé sans salaire, désormais baptisé Journée de solidarité.

Pour moi, ce n’est pas une affaire religieuse, c’est vraiment un choix de société. Doit-on, oui ou non, préserver un temps de repos collectif dans la semaine ? Je ne milite pas pour interdire tout travail le dimanche bien sûr.

Certaines activités en ont besoin. Jusqu’à une période récente, la loi permettait un équilibre en autorisant certaines professions à travailler le dimanche, les boulangers, les commerçants des marchés traditionnels, les médecins comme mon père… souvent des indépendants qui choisissent de travailler eux-mêmes le dimanche.

 

« IL DEVIENT UTILE DE REFRÉNER NOS PULSIONS D’ACHAT »


Mais quand c’est Carrefour qui ouvre, c’est une autre affaire, car ce n’est pas M. Carrefour qui travaille, ce sont des gens qui aimeraient souvent pouvoir faire autrement. Il y a aussi un enjeu en termes d’emploi et d’aménagement du territoire.

Plus on permet aux grandes surfaces de prendre des parts de marché, moins les petits commerces de centre-ville, qui ont parfois deux ou trois salariés, peuvent résister. J’ai d’ailleurs dans ma ville des commerçants qui me remercient de les défendre. Ça fait plaisir.

Et puis ne pas consommer le dimanche, c’est sans doute un peu dans mon éducation. Quand j’étais jeune, il était inconcevable que tant de magasins soient ouverts ce jour-là.

Aujourd’hui, on inculque aux jeunes, via la publicité, l’idée que le bonheur est dans la consommation. On leur donne le désir d’acheter le superflu alors que parfois ils n’ont pas de quoi se payer le nécessaire. Je pense qu’il devient utile de refréner nos pulsions d’achat. »

 

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Joseph Thouvenel en quelques dates

 

1958  : naît à Antony dans une famille de sept enfants.

1974  : commence à travailler chez un horticulteur.

1976  : service militaire dans les commandos parachutistes.

1983  : se syndique à la CFTC alors qu’il travaille dans une agence de change.

1998  : devient président de la CFTC Paris.

2002  : devient secrétaire général adjoint de la confédération, chargé des questions économiques et européennes. Il prend aussi en charge le dossier du travail dominical.

2011  : devient vice-président de la CFTC.

 

RECUEILLI PAR NATHALIE BIRCHEM