CFTC Paris | 654 années de salaire !
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654 années de salaire !

654 années de salaire !


Chronique de J. THOUVENEL du 20.09.2011 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

Aujourd’hui, nous allons commencer par une devinette.

Qu’est qui fait 159 ans, 212 ans ou 654 ans ?

 

Réponse : le parachute doré attribué à l’ancien co-président d’EADS, à son départ de l’entreprise. C’est-à-dire 8 400 000 euros !

 

Magnifique système, où quand vous vous arrêtez de travailler, on vous paie très cher.

 

Mais ces 654, 212 et 159 années correspondent à quoi ?

 

Réponse : 8 400 000 euros, c’est 654 ans de salaires minimum ou 159 ans de la rémunération moyenne d’un chef d’entreprise, ou encore 212 ans de la rémunération moyenne d’un patron d’une entreprise de moins de 20 salariés.

 

Et oui, le salaire moyen d’un patron d’une petite entreprise, c’est 3294 euros par mois.

 

Où est le respect de la valeur travail dans cette échelle des rémunérations ?

 

Celui, ou celle, qui est payé au salaire minimum et qui effectue souvent des tâches pénibles, ne peut pas ne pas être révolté quand il a connaissance des avantages faramineux dont bénéficient quelques-uns. Le patron d’une petite entreprise qui, s’il fait faillite, peut tout perdre y compris ses biens personnels, ne prend-il pas plus de risques que l’ancien haut fonctionnaire nommé par décision politique à la tête d’une grande entreprise ?

 

La réponse est oui !

 

De plus, ni le smicard, ni le petit patron ne bénéficieront d’un parachute doré quand ils cesseront leur activité.

 

La question n’est pas qu’économique, elle est d’abord morale. Nous devons en revenir au concept du juste salaire, développé dès le moyen-âge par St Thomas d’Aquin et repris de façon magistrale par Léon XIII quand il dénonça les conditions de vie des ouvriers dans Rerum Novarum.

 

Le travail, ce que nous produisons, ont une valeur sociale qui dépasse le jeu de l’offre et de la demande. C’est l’intuition fondamentale du juste prix. Ce n’est pas parce que je souffre de la soif qu’on a le droit de me vendre de l’eau plus chère.

 

Pour le travailleur, le salaire c’est sa vie ! Il y a donc un salaire en deçà duquel on ne peut descendre.

Dès le 13ème siècle, la doctrine sociale pose comme principe que le salaire doit permettre de vivre selon son état. Il s’agit bien de vivre, pas de survivre !

Léon XIII s’élèvera d’ailleurs contre la théorie de salaire de subsistance des économistes classiques. Le salaire de l’ouvrier ne doit pas être celui qui lui permet de survivre, mais de vivre décemment et même de nourrir toute sa famille et d’épargner.

 

Comme le dit très bien Louis Dutheillet de Lamothe : « la justice pose qu’il y a un juste salaire qui n’est pas le fruit d’une négociation ni d’un rapport de force mais d’un état de fait que la morale demande de respecter ».

 

A la semaine prochaine !