CFTC Paris | Syndicaliste, pourquoi je ne célébrerai pas la Commune de Paris. L’édito de Joseph Thouvenel dans Valeurs Actuelles
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Syndicaliste, pourquoi je ne célébrerai pas la Commune de Paris. L’édito de Joseph Thouvenel dans Valeurs Actuelles

Syndicaliste, pourquoi je ne célébrerai pas la Commune de Paris. L’édito de Joseph Thouvenel dans Valeurs Actuelles

La Commune est-elle un « laboratoire d’idées inédites, en pleine résonnance avec les débats contemporains » comme l’affirment ses laudateurs ?

Septembre 1870, le Second Empire s’écroule, défait par la Prusse. En novembre, une consultation électorale dans Paris assiégée, donne une majorité écrasante au gouvernement républicain de la Défense nationale. Les extrémistes se sont comptés : sur 370 000 votants, ils n’obtiennent que 50 000 voix. Le parti révolutionnaire ne remporte que 2 mairies sur 20. Ils s’insurgeront pourtant contre une autorité régulièrement élue.

Très vite, les choses dégénèrent entre le gouvernement républicain légal replié à Versailles et les mutins de la capitale. L’Assemblée versaillaise supprime la solde des gardes nationaux, ressource de beaucoup de familles, et les délais de paiement accordés aux locataires. L’application de ces dispositions, pour le moins maladroites, réduirait à la misère la plupart des salariés, boutiquiers et artisans parisiens.

Deux généraux sont assassinés par les communards, faisant dire à Clemenceau :« J’ai observé le phénomène pathologique qu’on pourrait appeler le délire du sang. Un souffle de folie paraissait avoir passé sur cette foule ». Des prisonniers communards sont fusillés. La Commune instaure par décret la terreur et prend des otages.

Pour toute exécution d’un communard, 3 otages désignés par le sort devront être mis à mort. D’un côté comme de l’autre, c’est le règne de la violence et de la barbarie. Ce que Georges Sand qualifiera de « saturnales de la folie ». Nous sommes loin, très loin de la liberté, de l’égalité et de la fraternité affichées aux frontons.

Entre les fusilleurs des deux camps, les Français d’aujourd’hui ont-ils à choisir ? Certains le croient, influencés par le mythe et la propagande qui ont transfiguré ces sinistres événements. Les partisans de la violence accoucheuse de l’histoire, les nostalgiques du bolchévisme, les aficionados de l’athéisme sectaire- car ce sont de nombreux prêtres et particulièrement des pères jésuites qui ont été les victimes du délire communard. Ce qui n’excuse en rien la barbarie Versaillaise, avec ces milliers de prisonniers ou de simples suspects fusillés à la chaîne.

Ces politiques qui banalisent ou glorifient l’insurrection violente contre un pouvoir légitimement élu, ont-ils conscience qu’ils portent en germe la justification de toutes les dictatures ? Ce qui devrait tous nous réunir, c’est le refus de la guerre civile, la réprobation de la violence en politique comme ailleurs.

L’apologie d’une haine fratricide, négligeant le coût humain de la violence politique, encourage la mortelle illusion que seul l’usage de la force brutale par une minorité, peut provoquer un vrai changement social. Funeste doxa, engendrant toujours de ces criminels assoiffés de guillotines et de goulag.

Le 18 mars, je penserai à ces 2000 marins du Petropavlovsk exécutés il y a cent ans, jour pour jour, sur ordre d’un fils spirituel de la commune, nommé Léon Trotski.

Joseph Thouvenel
Président de la CFTC-Paris