CFTC Paris | La « liberté » qui opprime
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La « liberté » qui opprime

La « liberté » qui opprime


Chronique de J. THOUVENEL du 22.10.2013 sur Radio Notre Dame (100.7)
Lire la chronique, c’est bien ! L’écouter, c’est encore mieux !

Un ancien ministre, député en exercice vient de déclarer à propos du travail du dimanche :

« Il faut laisser travailler ceux qui le veulent, il faut libérer le travail ! »

Quant un homme a occupé les plus hautes fonctions au sein du gouvernement de la République, quant le même homme siège au sien de la représentation nationale, l’on peut penser que ce n’est pas la moitié d’un imbécile et que ses propos sont réfléchis, mûris au fruit de l’expérience, et expriment tout à la fois son souci du bien commun et de l’intérêt national.
Penchons nous donc de plus près sur cet intéressante proposition : « il faut laisser travailler ceux qu’ils le veulent »   ce qui présuppose que le salarié est libre de choisir :

Je veux travailler le dimanche !
Je le puis !
Je ne veux pas !
Je n’y vais pas !

Il est dommage que le gouvernement  auquel a appartenu ce redoutable penseur n’est pas mis en pratique cet intéressant précepte pour ses propres salariés. Policier, vous décidez, librement, indépendamment de toute pression hiérarchique d’aller travailler ou non le dimanche ou le jour de Noël par exemple ?
Je me réjouis d’avance du nombre d’emplois que cela créerait pour la simple gestion du planning.
Logique avec lui-même et de sa profonde connaissance du monde de l’entreprise, j’attends avec impatience la proposition de loi que ne manquera pas de déposer notre brillant parlementaire. Proposition comprenant un seul article :
« Le contrat de travail n’est pas un contrat de subordination. »
Car, tant que je suis subordonné, je ne peux librement effectuer mes choix personnels. Pour être tout à fait précis, tant que ce n’est pas le salarié qui s’embauche, se licencie, décide de ses horaires, de ses jours de congé et des ses éventuelles RTT, s’augmente, se versent des primes décident de ses promotions toutes choses issues de la subordination liée au contrat de travail, on peut légitimement penser que le travailleur n’a pas l’entière liberté de ses choix. Nous pouvons même raisonnablement affirmer que ce n’est pas de travailler dans les grandes surfaces le dimanche que revendique une petite minorité de salariés, mais bien plutôt d’une amélioration de leur pouvoir d’achat, du fait de leur faible rémunération.
 Il y a, là, un véritable problème social, la faiblesse des salaires au sein des grandes enseignes du commerce. Rappelez-vous, Monsieur l’ancien ministre, c’est sous prétexte de liberté individuelle et de liberté du travail que la terreur supprima toutes contraintes, dont le repos dominical, précipitant les ouvriers dans la grande misère du XIX siècle. Comme le disait Henri Lacordaire :
«  Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

A la semaine prochaine !