CFTC Paris | « Le Medef veut nous faire travailler comme des Chinois »
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« Le Medef veut nous faire travailler comme des Chinois »

« Le Medef veut nous faire travailler comme des Chinois »


« Le Medef veut nous faire travailler comme des Chinois »
Par Louis Morice


La découverte des propositions du patronat provoque la colère des syndicats. A la CFTC, Joseph Thouvenel estime que toucher au Smic ne ferait que précariser un peu plus les travailleurs pauvres.

Interview.
Le Medef a présenté les propositions de son plan pour créer 1 millions d’emplois mercredi 24 septembre. Temps de travail, contrats de projet, seuils, jours fériés, ces pistes font bondir les syndicats. Vice-président de la CFTC, Joseph Thouvenel a lu le texte et revient sur la question du salaire minimum.

Vous avez reçu les propositions faites par le Medef ce matin. Quelle est votre première impression ?

– Avec son petit livre jaune, le Medef a le très grand mérite de l’honnêteté : il a l’intention de nous faire travailler comme des Chinois. C’est le grand bond en arrière. Pierre Gattaz parle du collectif pour mieux aller sur l’hyper-individualisme, celui du chef d’entreprise.

Quand je lis ce texte, j’ai envie de citer une revue, qui n’est pas forcément connue pour être d’extrême-gauche, qui s’appelle « Valeurs Actuelles » et qui a comme sous-titre « Il n’est de richesse que d’homme ». Le Medef l’a complètement oublié. Ses propositions peuvent toutes être vues à travers ce tamis : il s’agit d’une grande régression.

Qu’implique pour vous la piste d’un cadre transitoire d’accès à l’emploi « destiné à certaines populations très éloignées de l’emploi » ?

– Le cadre transitoire existe déjà : c’est l’apprentissage. Oui, il faut développer l’apprentissage. C’est là, ce n’est pas la peine de d’inventer autre chose. D’ailleurs, il y a également les stages et on voit les dérives de l’utilisation que font certains employeurs des stagiaires.

Le Medef est en train de détruire toute la culture d’entreprise et de vouloir transformer les salariés en des mercenaires. Mais un mercenaire n’a aucune fidélité. Si on lui dit « on vous emploie pour tant de temps et après on verra », il ira vers le plus offrant. Il en fera un minimum puisque ce sera la loi et qu’après il ne comptera plus pour l’entreprise. Que reste-t-il alors de la transmission de culture d’entreprise ?

Ce point précis implique-t-il une remise en cause du Smic ?

– Sur le salaire minimum, les mots ont un sens. Le salaire minimum, c’est le minimum du salaire. Je ne sais pas ce qu’il y a en dessous de minimum. Il y a une attaque de ce minimum c’est-à-dire une non reconnaissance de la valeur travail.

Je suis un syndicaliste chrétien. Je n’oublie pas qu’il y a quelqu’un au Moyen-âge qui avait théorisé sur le juste salaire, celui qui doit permettre à tout travailleur de vivre dignement : Saint Thomas d’Aquin. C’était au Moyen-âge et en 2014, le Medef propose le grand bond en arrière.

Quelles seraient les conséquences d’une baisse de ce salaire minimum ?

– Cela pose des problèmes de pouvoir d’achat, de logement… Si on continue à précariser un peu plus les salariés qui le sont déjà, ils ne peuvent plus s’engager pleinement dans la vie. Quel propriétaire va accepter de leur louer un logement ? Quelle banque va accepter de leur faire un prêt ? En macro-économie, c’est toute la société qui s’affaiblit.

Le semaine dernière, lors des fuites sur ses propositions, le Medef avait pourtant dit qu’il n’était pas question du Smic !

– Nous avons un vrai problème de fiabilité. Il y a plusieurs discours. Celui de la négociation sur l’agenda social, les discours de la semaine d’après, les rectificatifs… Et même à l’intérieur du document, on voit les contradictions. A un moment, ils expliquent que c’est le marché qui doit tout guider. Et tout à coup, quand on arrive à l’énergie, là, ce n’est plus le marché, il faut mobiliser l’épargne et les aider pour avoir une énergie moins chère. Il faudrait savoir !

Voyez-vous des éléments à discuter avec le Medef ?

– Nous voulons discuter de l’agenda social qui a été négocié. Ces points n’ont pas étaient amenés dans l’agenda. Sauf à croire que le Medef ait eu la révélation le week-end dernier, comment oser employer les mots de « bâtir un nouveau dialogue social » avec ce type de méthodes ?

Qu’attendez-vous maintenant du patronat ?

– Je ne veux pas mélanger tous les chefs d’entreprises français et le Medef, ce n’est pas la même chose. Alors, il faut que les dirigeants du Medef arrêtent d’essayer de se trouver des excuses en dehors de leur champ de responsabilité. Et leur champ de responsabilité, c’est de faire des produits qui se vendent. Tant que ce ne sera pas le cas, on n’ira pas mieux. Il y a des entreprises qui le font très bien. Nous ne serons compétitifs sur les marchés qu’en faisant du haut de gamme. Nous tirer vers le bas, c’est nous enfermer dans le bas de gamme. On ne sera jamais compétitifs par rapport aux travailleurs chinois pour fabriquer la même chose.

Leur champ de responsabilité, c’est d’aller prendre des marchés à l’international, ce n’est pas de pleurer tous les matins pour avoir des aides en disant qu’il y a trop de charges.

Propos recueillis par Louis Morice – Le Nouvel Observateur