CFTC Paris | Les jours fériés ne le sont pas pour tout le monde
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Les jours fériés ne le sont pas pour tout le monde

Les jours fériés ne le sont pas pour tout le monde

Dans la pratique, les salariés qui chôment tous les jours fériés sont donc minoritaires et ceux qui travaillent les 11 jours fériés restent rares. En moyenne, en métropole, les jours fériés représentent 0,77 semaine pour un salarié à temps complet, selon les derniers chiffres de la Dares qui portent sur 2011, soit 5,46 jours par an.

Un chiffre dont il faudrait tenir compte dans les débats récurrents sur le coût des jours fériés dans l’économie, difficile à objectiver. Certes, a priori, un jour sans production représente par définition un manque à gagner en termes de création de richesse. Et comme l’explique Thibault Lanxade, vice-président du Medef, « quand ils s’accumulent, comme c’est le cas en mai cette année où on ne compte pas moins de 4 jours fériés, auxquels s’ajoutent des RTT qui permettent de faire le pont, il est évident que ça désorganise de nombreuses entreprises ».

Parmi ses recettes pour créer 1 million d’emplois, le Medef propose donc de supprimer 2 des 11 jours fériés. Ce qui selon Thibault Lanxade « rapporterait 1 point de PIB, soit entre 70 000 et 100 000 emplois en plus ».

Supprimer des jours fériés pour créer de l’emploi ?

« Pour faire ce calcul, le Medef fait une règle de trois basique, décrypte Alexandre Delaigue, professeur d’économie à l’université de Lille et fondateur du blog Econoclaste. Une fois ôtés tous les jours non travaillés, il compte à peu près 220 jours travaillés dans l’année et il se dit que 2 jours, c’est un peu moins de 1 % et 1 % de PIB en plus, ça crée à peu près 100 000 emplois. » Un calcul assez hasardeux selon l’économiste : « Pour que la règle de trois fonctionne, il faudrait que les deux jours fériés correspondent à deux jours sans production. Or, ces jours-là, certes, dans certaines entreprises, la production s’arrête mais dans d’autres, comme l’hôtellerie, les loisirs, les transports, il y a au contraire plus d’activité. Et puis parfois, pour s’arrêter un jour férié, on produit un peu plus les jours d’avant. »

Et de conclure, « l’effet d’une suppression de jours fériés serait forcément inférieur au calcul du Medef et, à mon avis, il serait assez négligeable. D’autant que cela dépend du contexte économique : dans un climat de forte demande, ces jours fériés peuvent en effet être pénalisants, mais c’est beaucoup moins le cas quand les carnets de commandes sont vides. »

Bref, « nous ne sommes pas en mesure de chiffrer le coût des jours fériés sur l’économie », tranche Ronan Mahieu, chef du département des comptes nationaux à l’Insee. D’autant, explique-t-il, qu’un jour férié tombant un mercredi ou un jeudi, où il coupe la semaine de production, est évidemment plus pénalisant que s’il tombe un samedi ou un dimanche, mais il l’est aussi plus que s’il tombe un vendredi ou un lundi, où il est accolé à un week-end. Chaque trimestre, l’Insee se livre donc à de savants calculs pour corriger ses comptes sur cet effet calendaire. Et surprise : en 2015, qui comptera un jour ouvré de plus que 2014, le 15 août tombant un samedi et le 1er  novembre un dimanche, il y aura un effet positif de 0,06 % sur l’économie.

Nathalie BIRCHEM