CFTC Paris | Les jours fériés sont menacés
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Les jours fériés sont menacés

Les jours fériés sont menacés

« Les jours fériés et en particulier les fêtes chrétiennes comme le 15 août sont menacés »

 

Hélène Bodenez est professeur agrégé de lettres et enseigne en classes préparatoires à Paris. Elle est l’auteur d ‘ « À Dieu le dimanche ! » paru en 2010 aux Éditions grégoriennes.

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Hélène Bodenez, le travail le dimanche et les jours fériés sera bientôt la norme. Elle s’inquiète des conséquences sur la société qu’engendrerait la suppression de ces temps de repos indispensables.

 En Bretagne, récemment, un supermarché annonçait avec force affiches qu’il ouvrirait le matin du 15 août et qu’en prime, tout client, ce jour-là, se verrait doté d’un cadeau. Et quel cadeau! Un poulet «d’environ 1,4 kg», pour cinquante euros d’achat.

On retrouve là les techniques commerciales agressives déjà rencontrées pour créer la consommation le dimanche dans les grands centres commerciaux: dix euros offerts pour cent euros dépensés, parking gratuit ce jour-là, réduction sur les cadeaux de Noël s’ils sont achetés le dimanche. On appâte le client, on le flatte, on surfe sur la crise et le pouvoir d’achat en baisse. On écoule même peut-être les invendus sous prétexte d’actes généreux. Une chose est sûre: ces signaux de pseudo-bienfaisance révèlent que la consommation reste bien à créer, de toutes pièces, qu’il n’y a pas d’habitude ancrée d’acheter ces jours-là.

La déconstruction du repos dominical en repos hebdomadaire, du lundi de Pentecôte en jour de solidarité en annonce bien d’autres.

Les jours fériés en France sont menacés, et en particulier les fêtes chrétiennes comme le 15 août. Pour les gouvernements, celui d’aujourd’hui comme ceux d’hier, il s’agit de réformer en démolissant un socle culturel trop prodigue en bienfaits sociaux, sentis même comme exorbitants. La déconstruction du repos dominical en repos hebdomadaire, du lundi de Pentecôte en jour de solidarité en annonce bien d’autres. Toute avancée dite progressiste n’en reste jamais là et ouvre par la suite le champ à d’autres. Certains commentateurs ont même recommandé, sous couvert de répondre à la crise économique, de ne plus sacrifier à ce «rite sacro-saint» consistant à ne rien faire certains jours en France et de renoncer à la cinquième semaine de congés payés.

Beaucoup perçoivent les jours de repos -qu’ils soient hebdomadaires donnés le dimanche, ou annuels donnés l’été- comme des jours passés à «ne rien faire». Or, se reposer est beaucoup plus que «ne rien faire». Certes, ce n’est pas du travail rémunéré, mais il y a œuvre sur fond de don et de gratuité. Chacun est invité à une forme de liberté. Chacun tisse alors des liens spirituels, familiaux, amicaux en se ressourçant ailleurs et autrement. Refaire ses forces pour mieux travailler, prendre du recul pour mieux coopérer ensuite, voilà ce qu’est un vrai repos. Qui pourrait le nier?

Ne soyons pas dupes! Obliger dans un premier temps certains salariés précaires et notamment les femmes, à travailler le dimanche, les jours fériés, la nuit comme le permet désormais l’Union européenne, transformera à moyen terme la dérogation en normalité. S’en suivra logiquement plus de cadres sur le pont ces jours-là, plus d’infrastructures à mobiliser. Logiquement, ces jours qui étaient «à part» ne le seront plus et la rémunération de compensation, ce surplus en espèces sonnantes et trébuchantes, donnée comme leurre et comme appât, n’aura qu’un temps et tombera.

Quand au lieu d’avoir en charge six patients en semaine, des aides-soignantes prennent soin de onze ou de douze personnes les jours fériés, le surplus de salaire n’en est pas vraiment un.

À côté de cela – et ce n’est pas un mince paradoxe – les services assurés depuis toujours le dimanche (alimentation, santé, sécurité) sont mal en point ces jours-là. Les aides-soignantes, dont le service doit être assuré 365 jours par an, œuvrent davantage le dimanche et les jours fériés: elles s’occupent alors de plus de patients pour un surplus de salaire dérisoire. Quand au lieu d’avoir en charge six patients en semaine, des aides-soignantes prennent soin de onze ou de douze personnes les jours fériés, le surplus de salaire n’en est pas vraiment un. De la même manière, tandis qu’une majorité de Français se repose pendant les vacances d’été, certains établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) défraient la chronique avec leurs lots indignes de maltraitances faute de personnels.

Une seule attitude convient: résister. Le moyen est simple: s’organiser. Ne pas acheter le dimanche, les jours fériés. Ne pas donner quitus à ceux qui tablent sans cesse sur le coup d’après. Ouvrir illégalement le matin, et obtenir à l’usure l’ouverture du matin. Ouvrir ensuite illégalement l’après-midi pour l’obtenir ensuite quasi de force comme le font sans vergogne la plupart des supérettes à Paris. Il nous faut anticiper et renoncer à cet obscur miroir aux alouettes. Refuser le poulet cadeau du 15 août!