CFTC Paris | Pacte de responsabilité : « Pas d’effet immédiat sur l’emploi »
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Pacte de responsabilité : « Pas d’effet immédiat sur l’emploi »

Pacte de responsabilité : « Pas d’effet immédiat sur l’emploi »

FO dit aussi qu’on ne peut pas obliger une entreprise à embaucher. Vous partagez ce point de vue ?

– Au niveau national, oui. Mais, ensuite, on peut descendre dans les branches et dans les secteurs. On ne peut pas traiter de la même façon l’automobile, en régression, et l’aéronautique, dynamique, alors que les deux sont dans la métallurgie. Toutes les mesures que l’on pourra prendre, que ce soit sur la formation, sur l’investissement, la recherche, il faut savoir que les partenaires sociaux ne sont pas les seuls à impacter les conséquences sur l’emploi : si nous avons une nouvelle crise des subprimes, tous ces efforts seront freinés. En revanche, si le coût de l’énergie s’écroulait au niveau mondial, on aurait une reprise mondiale qui boosterait nos mesures.

Vous parlez des branches, mais que fait-on si, dans un même secteur, certaines entreprises jouent le jeu et d’autres non ?

– Nous sommes en train de mettre ces sujets sur la table. Il peut y avoir des objectifs mais que se passe-t-il s’ils ne sont pas atteints ? Tout dépend des raisons. Ce n’est pas la même chose si c’est parce qu’au lieu d’investir, on a préférer verser des dividendes, ou si c’est parce qu’un revirement de conjoncture a rendu l’objectif impossible à atteindre. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore la réponse. Ceux qui disent qu’en face d’une baisse de charges on peut mettre un nombre d’emplois créés, pour nous, c’est de la démagogie.

Michel Sapin souhaite que le pacte aboutisse vite. Vous avez un calendrier ?

– Je comprends que le ministre soit pressé. Mais, quelque soit la rapidité des discussions, même si nous aboutissons fin mars, les choses ne se feront pas du jour au lendemain. Les effets sur l’emploi ne sont pas pour dans trois mois. Si nous bâtissons quelque chose de solide et cohérent, les effets seront à moyen et long terme. Et c’est bien qu’un gouvernement s’en soucie.

Le pacte repose sur l’hypothèse d’une croissance qui redémarre. Certes mollement mais qui redémarre, non ?

– Pour la CFTC, ce pacte est nécessaire dans la mesure où nos entreprises n’ont pas assez de marges. La faiblesse des marges fait qu’elles n’investissent pas dans la recherche et l’innovation. On continue de produire du moyen de gamme alors que les pays émergents le font aussi bien que nous mais moins cher. La seule façon de s’en sortir, c’est de faire du haut de gamme. Pour ça, il faut investir.

Mais comment savoir ce que les entreprises feront de ces nouvelles marges ?

– Premier cas de figure, le bon, elles investissent mais ce n’est pas de l’emploi pour trois ou six mois. C’est du moyen ou long terme. Deuxième cas de figure : elles investissent à l’étranger pour prendre des parts de marché. Ce n’est pas mal non plus. Troisième : elles investissent à l’étranger pour revendre chez nous ce qu’elles fabriquent là-bas. Là, non seulement on n’aurait pas créé d’emploi, mais cela en détruirait.

Existe-t-il d’autres possibilités ?

– Bien sûr, il est aussi possible que ces marges servent à dynamiser une politique salariale. Cela permettrait de relancer la consommation. Mais il est aussi possible qu’elles servent à des dividendes monstrueux pour les actionnaires… Ce sont des questions d’équilibres et de contrôles. C’est là que c’est très difficile à mettre en place. C’est tout l’enjeu du débat aujourd’hui.

Le patronat est prêt à en discuter ?

– Ce n’est pas réglé. On va un peu dans ce sens. On commence à parler de pouvoirs accrus des institutions représentatives des personnels. Nous demandons qu’à partir de 2.000 salariés, il y ait un représentant des salariés au conseil de surveillance des entreprises. Nous n’avons pas encore de retour.

Avez-vous des sujets d’inquiétude ?

– Sur la politique familiale, oui. On nous dit que la branche famille va perdre 30 milliards d’euros : ces 30 milliards qui permettent de verser des allocations familiales, d’ouvrir des crèches, de s’arrêter provisoirement pour élever les enfants. Il nous semble que cela relève aussi de l’entreprise. Personne ne nous explique comment on fait pour continuer à financer des crèches si personne n’apporte le financement. Comment fait-on ?

Il n’y a rien eu de concret aujourd’hui ?

– Nous avons tout de même avancé sur une méthodologie. On a aussi convenu qu’on devait descendre dans les branches et les secteurs. Nous avons une nouvelle réunion mercredi prochain. Il faut maintenant affiner. Nous allons essayer de bâtir un cahier des charges pour nos négociateurs dans les branches. Evidemment, nous n’avons pas de baguette magique pour avoir une solution toute construite qui garantisse que tant d’argent va donner tant d’emplois. Ça, nous ne l’aurons jamais.

La question du CICE a été abordée ?

– C’est un des sujets qui doivent être approfondis. A mon sens, il manque un troisième acteur : l’acteur public. Comment raisonner quand on nous dit qu’il va y avoir des baisses de charges qui vont être compensées par des économies ? C’est très bien. Mais quelles économies ? On ne sait pas. Quel calendrier ? On ne sait pas.