CFTC Paris | Triptyque : l’application « STOP COVID » est-elle une « réponse numérique fiable » pour enrayer la crise sanitaire
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Triptyque : l’application « STOP COVID » est-elle une « réponse numérique fiable » pour enrayer la crise sanitaire

Triptyque : l’application « STOP COVID » est-elle une « réponse numérique fiable » pour enrayer la crise sanitaire

Réflexion d’Hervé Bry- président du ME78 –

Ce matin, j’ai entendu comme vous une campagne de presse qui vise à nous faire comprendre que l’application « STOP COVID » respecte les libertés et les données, et qu’il n’y a pas de crainte à avoir si on l’installe sur son smartphone – ce qu’il faudrait faire sans attendre, à les entendre. D’ailleurs, cette application a été vérifiée par la CNIL, l’ANSI etc. : elle est donc saine.

La question en réalité que soulèvent les détracteurs n’est pas du tout là : elle est dans le principe du traçage de nos déplacements, de nos rencontres et de la génération de métadonnées qui en résulte. Ce ne sont pas tant nos données qui nous inquiètent que l’accoutumance qui se créera dans nos consciences assoupies, à l’idée qu’un pouvoir politique a les moyens de cette surveillance, au nom de l’intérêt général. Ces détracteurs pointent du doigt le fait que cette application est un pied dans la porte, non pas de nos téléphones, mais de nos mentalités.

La campagne actuelle détourne donc la question de fond et y substitue un faux problème auquel ils ont déjà la réponse : la protection des données. C’est ce qu’on appelle une manipulation. Autre élément qui questionne : les agences de certification qui ont donné les « réponses » à ce non-problème sont des agences nationales, dont l’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique est questionnée, ou, à tout le moins, questionnable.

Du point de vue syndical, rappelons-nous que pour certains d’entre nous, nos téléphones professionnels ne nous appartiennent pas et que nos employeurs peuvent exiger le téléchargement de cette application, voire le faire à notre insu à l’occasion d’une opération de maintenance à distance. Et souvenons-nous également que cette politique des petits pas anodins, que nous regrettons parfois dans les négociations d’entreprise, part toujours d’un bon sentiment, que l’on accepte en « restant vigilant » – c’est le terme généralement utilisé – mais qu’il est quasiment impossible de remettre en cause lorsque les effets délétères apparaissent, tant l’édifice social qui s’est construit dessus serait trop complexe à remettre en question.

Réflexion d’Henry Chaignot – trésorier du ME 78-                  

Je ne partage pas ce point de vue ou du moins que très partiellement. Effectivement on peut avoir des doutes sur ce qu’il est dit de cette application. Objectivement, la seule façon de les lever complètement serait de décompiler le code (l’exécutable et non la source que l’on nous vend et dont rien ne prouve qu’elle correspond)  et de l’analyser en détails. Mais qui est capable de faire ça ?

Pour le reste on peut faire toutes les hypothèses de la pire à la meilleure. ET la nature de ces hypothèses dépend plus de celui qui les émet que de la réalité, comme pour bien d’autres sujets d‘ailleurs. Ce qui ne l’empêche souvent pas d’énoncer ces hypothèses comme des vérités que d’autres s’empressent de relayer.

 Enfin, ne serait-ce que par le bornage des téléphones par les relais des opérateurs, les « autorités » sont en mesure de nous pister depuis les débuts du GSM, sans même parler du GPS… ET ce sera pire avec la 5G dont la taille des cellules est beaucoup plus réduite.

Pour ce qui concerne les téléphones d’entreprise, effectivement, l’employeur a la possibilité de surveiller beaucoup de choses. Mais pour pouvoir s’opposer au salarié, ce dernier doit avoir été prévenu, de même que les IRP doivent avoir été consultées. Comme n’importe quel autre système de surveillance ou de contrôle d’ailleurs.

Pour ce qui me concerne, ça ne m’a jamais traumatisé, mais je ne présume en rien de l’avenir !

Réflexion de Frédéric Baudin – trésorier adjoint du ME78-

D’autres pays ont choisi ce genre d’outil informatique pour essayer de juguler la crise, donc la propagation de coronavirus. A la lecture d’articles à ce sujet, leur communauté (ou leur collectivité) a semble-t-il accepté volontairement ou pas, ce traçage. Le but a été atteint, l’urgence le demandait.

En France, cet outil présenté sans risque par nos gouvernants et institutions, suscite quelques méfiances. C’est normal pour les temps qui courent. A chaque fois que nos « experts » nous garantissent une sécurité dans le domaine des « datas », par exemple la gestion des comptes bancaires ou les données confidentielles de la clientèle des magasins virtuels, on s’aperçoit vite que ces mêmes données sont récupérées illégalement et peut-être revendues sans autorisation des clients. On se souvient aussi du vote électronique en France où les risques de piratage ont été découverts bien plus tard. Et quid des données de ce logiciel pour l’appétit des banques et assurances (souvent les mêmes aujourd’hui) ?

La récupération de cette application de logiciel sur nos smartphones paraît être liée non plus par l’urgence sanitaire, mais par une volonté indéniable de relancer l’activité tout en admettant un risque sur la population. Peut-on noter que beaucoup de personnes ayant plus de 60 ans (donc les plus vulnérables au coronavirus) ne sont pas équipées de smartphone mais de simples téléphones. L’efficacité sur la population française de ce logiciel est donc limité.

Espérons de ces données personnelles seront réellement détruites après cette crise (sanitaire/économique/sociétale) qui englobe la sécurité et la confidentialité des personnes.

Mais quel institut sérieux pourra nous certifier cette réalité ?

Nous vivons en démocratie, les contre-pouvoirs existent. Et demain ?

via https://cftcmetal78.wordpress.com/