CFTC Paris | Un autre monde (film de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon) : un film remarquable par le scénario, les acteurs, les images et la musique.
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Un autre monde (film de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon) : un film remarquable par le scénario, les acteurs, les images et la musique.

Un autre monde (film de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon) : un film remarquable par le scénario, les acteurs, les images et la musique.

Parlons peut-être du réalisme du scénario : les dessous d’une réunion du CSE, tout ce que nous, syndicalistes, nous ne voyons pas lorsque nous rencontrons les représentants de la Direction d’une usine. On ne sait pas quelles sont leurs propres souffrances, ce qui les a amenés à tenir telle ou telle posture, tel ou tel propos mensonger, ou telle façon de présenter les choses qui nous est insupportable.

La consultation du CSE, ce n’est que l’aboutissement d’un processus qui peut être douloureux pour un directeur soucieux de la bonne marche opérationnelle de son usine, et soucieux des gens qui y travaillent. Et le mettre devant sa conscience peut en rajouter à sa détresse : le faire exploser en vol ou l’aider à tenir bon face aux injonctions supérieures.

L’article pourrait s’arrêter là. Je propose pourtant de coups de projecteurs :

Sur  l’objet « film » (l’œuvre cinématographique) : la mise en scène, les images en cadrages divers sont d’une force éprouvante pour qui a encore un cœur. Les acteurs sont parfaits : ce n’est pas un rôle qu’ils jouent, c’est une réalité qu’ils montrent, y compris les syndicalistes lors de l’informelle et de la plénière du CSE, syndicalistes dont les propos auraient bien pu sortir de notre propre bouche, et avec quelle spontanéité ! la musique, minimaliste et intemporelle, pourrait jaillir de vieilles pierres sans âge : elle nous dit l’Homme, ses aspirations, ses tensions, sa vocation à l’harmonie.

Sur le scénario :

L’histoire commence par une tentative de négociation sur le partage des biens d’un couple qui est dans une démarche de divorce. On comprend qu’aucun des deux n’a vraiment voulu ce divorce, mais qu’ils ont été pris dans un engrenage, comme malgré eux, parce que chacun voulait bien faire son rôle social.

Les avocats, qui sont dans leur monde, ne comprennent pas et font taire leurs clients au nom de préjudices hypothétiques.

Dans l’entreprise, les hiérarchies sont dans leurs réalités, et le chef d’entreprise, qui leur demande un effort impossible, est tiraillé entre les injonctions de la Direction France de l’entreprise et les réalités opérationnelles du monde du « faire », conscients des limites des êtres. Chacun fait du mieux qu’il peut mais sans pouvoir arriver aux objectifs assignés d’en haut, au nom d’injonctions du groupe américain qui a une politique de promesses et de signaux forts vis-à-vis des marchés financiers. Ils sont dans leur monde.

La fille du couple envoie, elle, des bons vœux joyeux à son papa directeur d’usine, physiquement défait. Elle est en études supérieures aux Etats Unis. Elle est dans son monde, elle aussi, qui pourrait bien être le même que celui des donneurs d’ordre du Groupe. Quant au fils, en école post bac en France, il habitait chez ses parents en instance de divorce jusqu’à ce qu’il fasse un séjour en hôpital psychiatrique. Bosseur, peut-être précoce, obnubilé par les chiffres, la cohérence et les hypothèses nécessaires, il est le miroir de la situation de son père mais il est dans ses rêves.

Le Directeur, créatif, cherchant une solution à l’impossible équation, propose de changer un tout petit peu les règles imposées (la réduction des effectifs) et propose un élan de cohésion des directeurs de sites France, en suggérant que tous les Corporate et executives mettent la main à la poche ; élan qu’il ne parvient pas à fédérer tant les appâts et avantages personnels sont difficiles à lâcher.

Mensonges, relations sociales, pouvoir des médias : à peine effleurés, on comprend que ces sujets ont pourtant été essentiels dans la résolution du conflit, ce qui traduit la qualité du scénario.

Le titre du film aurait pu être « des autres mondes » tant les acteurs semblent vivre, chacun, leur réalité, étrangère à celles des autres.

La fin du film est une leçon de jeux de pouvoirs, de manipulation odieuse, déjouée par le courage de dire « non » et de choisir la vie, le monde réel : celui de la famille, dans un bel esprit de sacrifice et de lâcher prise, pour qui en a les moyens.

Un film à voir, et même, à voir en groupe, car les résonances seront multiples avec nos vécus syndicaux et familiaux. Un film d’espérance aussi, car il montre combien les valeurs CFTC peuvent parler à tout le monde et offrir une issue aux impasses personnelles.

L’Homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de vérité et d’humilité.